Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Incursions dans une vie antérieure avec retours sarcastiques sur des errements sociopolitiques plus actuels,

Publicité

Les amitiés éternelles...

Les amitiés éternelles…qui ne durent qu’un temps.

Il est arrivé à chacune et à chacun d’entre nous de contracter des amitiés dont, sur le coup, et pendant longtemps, on peut jurer qu’elles seront éternelles…

En lisant ces premières lignes, chacune et chacun d’entre vous aura pensé à certains exemples personnels de ces amitiés…

Pour ma part, j’enregistrerai ici, avec une certaine nostalgie sereine, quelques-unes de mes propres amitiés ‘’éternelles…’’

#Hamadi_E_B était un garçon issu d’une famille nabeulienne très modeste, je l’ai connu à l’époque où encore à l’école primaire, je suivais les cours d’été de natation que nous dispensait monsieur #Eugène_Graph un jeune ingénieur suisse allemand devenu amoureux de Nabeul jusqu’à sa mort…

Hamadi n’était jamais allé à l’école qu’il ne fréquentera d’ailleurs jamais ; il était alors employé dans une boulangerie familiale et se chargeait de livrer le #pain_italien croustillant aux familles nabeuliennes aisées qui ne consommaient, déjà, plus de pain fait maison, durant ces années cinquante.

Je me suis lié d’amitié avec ce garçon poli, timide, respectueux, qui avait l’avantage sur moi alors de travailler, de gagner son argent propre et qui avait plein de projets en tête, projets qu’il me détaillait et dont je ne tenais compte qu’en guise de rêves enfantins de richesse et opulence futures d’un gamin pauvre qui plus est, était analphabète, malgré son intelligence exacerbée…

Il fut mon camarade nageur et basketteur pendant de nombreuses années de notre enfance ; il quitta la boulangerie pour le métier d’ébéniste qu’il pratiqua longtemps sous la férule d’un maitre ébéniste italien de Nabeul…et notre camaraderie se mua en amitié durable pendant mes années du primaire, pour devenir, pendant mes années #Lycée_Kahaznadar durant lesquelles je quittai mon cocon familial, une amitié qu’on pouvait qualifier sans aucun doute d’éternelle…

Il était devenu premier ouvrier qualifié de son ébénisterie nabeulienne et son patron italien lui faisait une confiance absolue.

Par ailleurs ne nous quittant pratiquement pas durant les week-ends et les vacances, je lui avais appris, sur son insistance, les bases de la lecture et de l’écriture et à force de volonté et de constance, il en était arrivé à pouvoir déchiffrer un petit texte et à écrire laborieusement de petites lettres qu’il m’adressait et dont je corrigeais les fautes avant de les lui expliciter à notre prochaine rencontre…

Entretemps, ses rêves de grandeur et de richesse avaient grandi avec lui, ses plans avaient gagné en précision et il envisageait, ayant compris, bien avant moi, qu’il n’y avait que ce chemin-là qui menait à la richesse,… de devenir plus tard, un grand commerçant…

Pendant les premières années de l’indépendance, il était parti en France, parmi un groupe de jeunes que le pays avait envoyé en perfectionnement dans le cadre de l’un des nombreux programmes de coopération en formation professionnelle ; et son excellente maitrise de l’ébénisterie lui permit de devenir rapidement un chef d’atelier reconnu dans une entreprise parisienne spécialisée.

Les lettres qu’il continuait de m’adresser régulièrement devenaient plus lisibles, moins maladroites et il y était de plus en plus convaincu que ses projets allaient se concrétiser et qu’il allait bientôt revenir au pays avec en poche un joli magot qui lui permettrait de s’installer à son compte.

Pendant ce temps-là je m’esquintais les yeux et me fatiguais la tête dans des études de plus en plus ardues et de moins en moins convaincantes de représenter vraiment, la voie royale du succès et de la véritable ascension sociale…

Au début des années 60, parti moi-même à Paris pour y poursuivre des études supérieures, je l’y retrouvais, comme si on s’était quittés la veille, et je constatais, sans surprise, qu’il était toujours hanté par ses rêves…toujours les mêmes, de richesse et d’opulence.

Il avait quitté l’ébénisterie et était dorénavant chauffeur-livreur dans une entreprise polonaise de confection de grandes marques de cravates, chemises et autres pulls …

Il me raconta qu’il avait rencontré, un soir au comptoir d’un bar, un polonais, saoul (ausi saoul que le polonais de l’exemple de la langue française) ; et se liant d’amitié avec lui, il apprit que c’était le riche patron de l’entreprise... dont il allait devenir ipso facto, le chauffeur livreur…

Hamadi s’était marié, il habitait un grand studio de la banlieue et possédait une belle Citroën #Déesse_19 au volant de laquelle, il me faisait parcourir fièrement, les avenues de la Ville Lumières, me ressassant toujours ses mêmes rêves de grandeur et me taquinant sur ‘’le temps que je perdais bêtement à faire de longues études inutiles…’’me promettant gravement, et le pus sincèrement du monde, que j’étais son seul et unique véritable ami ; que notre amitié sera #éternelle et qu’à son retour, je serai son associé et son conseiller au sein de la grande entreprise commerciale qu’il allait fonder à Tunis.

Hamadi, me cacha longtemps, avant de m’avouer alors en rigolant, qu’il commençait à devenir riche…il m’emmena avec lui quelques fois dans sa tournée des bars, cafés et restaurants parisiens dans lesquels il avait de fidèles clients.

Au volant d’une petite fourgonnette de service dont la malle était bourrée d’effets, il s’arrêtait chaque fois devant un établissement différent, me laissant dans la voiture, il s’absentait quelques minutes pour revenir avec une liste de commandes de cravates; de pulls et de chemises de marques, puisait dans sa malle les articles commandés, s’absentait de nouveau pour les livrer à ses clients et revenait en souriant les mains pleines de billets…

Lorsque je compris enfin qu’il se faisait ainsi du pognon facile, en se servant dans les marchandises de son ‘’ami’’ et patron polonais, il continua allégrement à se moquer de moi me qualifiant de petit bourgeois ne connaissant rien à la #vraie_vie…

Quelques années plus tard, je le retrouvai à Tunis à la tête d’une petite société de confection, petite société qui ne tarda pas à grandir ; il avait des dizaines d’ouvriers et d’employés, des dizaines de jolies femmes qui virevoltaient autour de lui…et déjà des dizaines de ministres, directeurs et officiers-flics qui lui mangeaient dans la main et qui lui rendaient de nombreux et variés services, pas toujours désintéressés.

Aujourd’hui, il est ce qu’on peut qualifier d’homme d’affaires respecté, toujours assailli ‘’d’amis plus ou moins respectables’’.

Il possède, villas et voitures, et même un ou deux hôtels, s’est marié et a divorcé une bonne dizaine de fois ; il m’a toujours invité à ses mariages et aussi pour fêter ses divorces ; il continue à me taquiner pour avoir toujours refusé de devenir son associé et de n’avoir pas voulu devenir, comme lui, riche et respecté ; je le revois une fois tous les deux ou trois ans ; il me téléphone très souvent ; et chaque fois qu’il apprend que l’un ou l’autre de nos camarades de jeunesse est décédé, il m’appelle pour pleurer au téléphone et invoquer nos années d’insouciance.

#Hamadi est l’un de mes deux ou trois amis dont on peut dire sans conteste que notre #amitié_est_éternelle ; elle est morte depuis longtemps, sans mourir vraiment ; chaque fois que nous nous rencontrons, tous les deux ou trois ans, c’est comme si on s’était quittés la veille…ainsi va la vie ; c’est ce qu’on peut appeler, parmi d’autres, les choses de la vie.

Une autre fois, je vous parlerai d’une autre de mes quelques rares #amitiés_éternelles, qui même mortes de leur belle mort, gardent encore et toujours une petite flamme… qui vacille dans le noir de la vie…

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
F
Monsieur Touafik, vous avez oublié de mentionner qu'il a fermé son atelier de Nabeul, celui qui se trouve a cote de la foire, sans payer d'indemnités à ces jeunes (jolies) jeunes filles. Votre ami Eternal est un escroc.
Répondre
F
Je suis désolé Monsieur Fehri, mais mon ami ne s'appelait pas Eternal, je ne connais pas ce monsieur, l'ami auquel je faisais allusion s"appelle Mohamed B natif de Nabeul, il réside à Tunis et n'a jamais eu d'atelier à Nabeul.