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Incursions dans une vie antérieure avec retours sarcastiques sur des errements sociopolitiques plus actuels,

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Bain de jouvence, quelque peu exquis, amer !

 

    

  En écrivant ces pages, j’éprouve beaucoup de plaisir à relater les détails des  

            instants heureux de mon enfance et de ma jeunesse, mais j’éprouve aussi    un certain plaisir à rapporter ici, à l’intention de mes descendants, certains faits tristes ou même douloureux, relatifs aux déboires, voire aux         

     souffrances morales et physiques de Si Hmeïda et de Ella Mongia,  mes parents, décédés trop tôt, à mon goût.

 

     Ce plaisir pourrait paraître morbide à certains, mais pour moi,  il s’apparente plutôt à la douleur exquise à laquelle j’ai fait allusion plus haut, celle que l’on  

          ressent lorsqu’on vous masse des muscles douloureux ou que l’on vous étire des membres courbatus ; par ailleurs, un peu curieusement, relater ces

        souvenirs tristes, me donne l’illusion, éphémère de les revivre, ici et maintenant, et cela me plonge dans l’état étrange, de quasi-réalité d’avoir   

      r   etrouvé mes parents à mes côtés, de leur parler et de les écouter se parler et me parler…

 

     Ainsi, plus d’une fois, l’un de mes proches, venu s’enquérir de mon état ou m’appeler à table, m’a demandé avec une certaine inquiétude, pourquoi j’avais l’air d’être dans un état second…, alors que j’étais en train de baigner dans cette quasi-réalité de quasi-eau de jouvence…et il me tarde maintenant de vous ramener, à cette époque de l’année 64 où ma jeunesse a failli basculer dans l’inconnu, voire dans la criminalité…

 

       

        Un certain aïd esseghir de l’année 64.

 

      En cette année là, comme cela m’était arrivé déjà, plus d’une fois, j’avais ramené avec moi Madame Zramdini, née Garali…

 

     Mais cette fois-là, s’agissant pour elle de passer quelques  jours à Nabeul chez ses parents, à l’occasion de l’aïd qui tombait cette année là un vendredi,  au lieu de quitter le Kef l’avant-veille de la fête, (donc mercredi), mon directeur intéressé, me proposa de partir un jour avant, prenant sur lui, de me couvrir le cas échéant, si un inspecteur venait à découvrir mon absence irrégulière.

 

     Cette proposition inattendue ne fut pas pour me déplaire et je me fis un plaisir d’embarquer son épouse, en compagnie de Néjette, dans ma belle Borgward, tout content de bénéficier ainsi de deux jours supplémentaires de congé.

 

     Arrivé donc mardi, avant midi, au lieu de mercredi soir, j’appris que ma jolie voisine Widad, dont j’avais été virtuellement amoureux pendant mon adolescence, se mariait le lendemain soir, que bien entendu, toute ma famille était invitée, y compris Néjette et moi, et que le mariage se déroulait à l’hôtel Claridge à Tunis. Et ainsi, ce fameux jeudi soir, veille de l’aïd, Mama Mongia, Lilia, Alia et moi, nous trouvions nous, tous les quatre, au Claridge, mes frères ayant préféré rester auprès de mon père.

 

      La fête battait son plein, mais appréciant peu son vacarme, je sortais de temps à autre de la salle pour aller me mettre au volant de ma voiture garée à quelques mètres de l’entrée de l’hôtel, et écouter une musique moins assourdissante, que celle qui se prolongeait à n’en plus finir…

 

     Au cours de l’une de ces pauses, je vis arriver ma sœur Lilia, suivie de près par Néjette.

 

     Elles étaient venues me dire que maman voulait rester encore un petit quart d’heure et que nous pourrions rentrer aussitôt après, puisque, de toute évidence, les festivités ne m’intéressaient pas particulièrement.

 

     Une minute après, je vis sortir d’un bar faisant face à l’entrée du Claridge, un groupe de trois saoulards, qui avaient visiblement bu plus que de raison. Manque de chance, le trio, plus qu’éméché, fut grandement intéressé par  la présence de deux jolies femmes en tenue de soirée. Comme il fallait s’y attendre, l’un de ces énergumènes,  tanguant et roulant, en vint à heurter, sans le vouloir vraiment, les deux jeunes femmes tout en leur faisant les compliments et les avances d’usage auprès de sa  confrérie.  

 

     Lilia et Néjette quelque peu apeurées et dégoûtées, revirent précipitamment se réfugier dans la voiture dont elles bloquèrent les portières ; mais les saoulards s’approchèrent davantage de la voiture, bien décidés à les draguer. Je voulus essayer d’éviter tout esclandre et, en espérant que le trio se découragerait à la vue d’un homme, je descendis de la voiture et je les invitais, d’un ton sobre, à s’en aller et à nous laisser tranquilles. Je réalisai aussitôt que j’aurais mieux fait de les ignorer et de démarrer pour faire le tour du pâté de maisons.

 

     En fait, je l’aurais certainement fait, si je n’avais craint, que ma mère ne sortit au moment où je me serais éloigné, et qu’elle ne nous trouvât pas…Et voila qu’en demandant aux saoulards de nous laisser tranquilles, je les avais énervés et que l’un d’eux, voulut me décocher un coup de poing !

 

     Et si j’esquivai, sans peine, son coup de poing téléphoné, je ne pus éviter la bagarre qui s’ensuivit.

    

     Je ne m’étendrai pas sur le détail de cette rixe où je me conduisis encore une fois comme un sauvage ; j’en dirai quand même le minimum.

 

     Ayant alors la condition physique d’un athlète de haut niveau et étant rompu aux techniques de divers sports de combat de par ma formation, j’usais abondamment de coups de pieds, de manchettes et de coups de coude au visage, et je remportais haut la main la bataille. Mais si celle-ci se solda par plusieurs paires de yeux pochés, de quelques côtes traumatisées et d’épaules luxées du coté adverse ; elle enregistra également, à mon passif, un costume flambant neuf  souillé de sang, un os du métatarse brisé et un  poignet droit foulé…

    

     Il va sans dire que je ne pris conscience de mes propres dégâts que quelques minutes plus tard, lorsque Lilia partie à la recherche de renforts, ramena des copains de la salle de mariage qui s’interposèrent et aidèrent mes assaillants à se relever, tout en les incitant à déguerpir… Auparavant, ayant noté que je commençais à me fatiguer, Néjette s’était vaillamment mêlée à la bagarre, distribuant quelques coups de talons aiguilles de l’une de ses chaussures, qu’elle maniait comme un marteau.

 

     C’est au moment de démarrer, après avoir récupéré maman, et au moment où je voulus enclencher la première, que je ressentis une vive douleur à la main droite qui m’empêcha  de passer les vitesses.

    

     Ce fut Néjette qui s’en chargea, les engageant chaque fois à ma demande, tout le long du chemin de retour.

 

     Le lendemain matin les évènements vinrent me confirmer, qu’un malheur n’arrive jamais seul et que les tuiles nous tombent souvent sur la tête,… par série !

    

     J’avais mal dormi, ma main droite était très endolorie et je craignais que je me fusse fracturé le poignet. Je me rendis donc de bon matin à l’hôpital où un copain, jeune médecin, m’examina et me fit une radio de la main.

 

     Il constata ainsi la brisure d’un os du métacarpe plus une simple foulure de mon poignet droit et me dit que le mieux qu’il puisse faire, c’était me poser un plâtre au poignet que je garderais un petit mois, en espérant que cela profitera, aux deux traumatismes à la fois.

 

     Et c’est au moment où je sortais de l’hôpital avec mon plâtre flambant neuf, que je fus abordé par un agent de la garde nationale…   

 

    J’appris, tout abasourdi, que je faisais l’objet d’un mandat d’arrêt et j’imaginai tout de suite le pire, persuadé que l’un des saoulards avait décédé à la suite des coups sauvages qu’il avait reçus.

 

     Mais, suite aux questions que je posais et les réponses que j’obtenais sans peine du jeune garde, qui m’avait curieusement pris en sympathie, il s’avéra que le mandat avait été lancé par le procureur de la république du Kef et que j’étais accusé d’avoir causé un accident à une dizaine de kilomètres après la sortie de cette ville ; l’accident ayant causé la mort d’un âne et l’hospitalisation de son malheureux propriétaire qui aurait subi un traumatisme  crânien,  l’ayant plongé dans un coma profond.

 

     Bien entendu, mon plâtre au poignet ne pouvait apparemment qu’étayer un tant soit peu cette accusation, mais ayant craint la mort de l’un de mes assaillants de la veille, je me sentis quand même soulagé, pensant pouvoir rapidement prouver, qu’au moment de cet accident, survenu, selon l'agent, mercredi, aux environs de 17h30, alors que j’étais déjà à Nabeul, depuis mardi, en début d’après midi,  donc, au  moins 24 heures avant la survenance de cet accident...

 

     J’étais cependant, bel et bien, sous le coup d’un mandat d’amener au Kef, et ce, en pleine matinée du jeudi, premier jour de l’aïd ; en outre, le procureur de la république avait instamment demandé qu’on réquisitionne l’arme du crime, c'est-à-dire ma voiture, qui était supposée avoir heurté un âne et l’avoir tué sur le coup.

 

     Et, si l’état impeccable de la carrosserie de ma Borgward avait de suite convaincu le garde national m’ayant accompagné jusqu’au garage où elle avait passé la nuit que, l’accusation ne pouvait pas tenir la route ; et qu’il s’agissait probablement d’une erreur ; celui-ci se déclara néanmoins dans l’obligation de réquisitionner ma voiture.

 

     Au garage de la garde nationale, où l’agent parqua ma Borgward, le chef de poste que je connaissais de vue et qui connaissait de réputation El Ustadh Si Hmeïda mon père, fut également convaincu qu’il s’agissait d’une erreur au premier coup d’œil donné à ma Borgward.

 

     Il me déclara qu’étant donné cette période de l’aïd, même si j’avais voulu réparer les dégâts qui doivent être considérables suite au choc contre un âne, je n’en aurais pas eu le temps, c’est pourquoi, devait-il ajouter, il ne se voyait pas du tout arrêtant un professeur,  fils d’une famille connue,  et le garder pendant les fêtes de l’aïd, alors que, de toute évidence, il n’était, en rien coupable,  de ce dont on le soupçonnait.

 

     Il réquisitionna toutefois ma voiture, et me demanda de me présenter, à la fin du congé, le lundi d’après à 7 heures du matin, pour que je sois accompagné, par l’un de ses agents auprès de la garde nationale du Kef qui avait  la charge de l’enquête.           

    

     Cette histoire mit en émoi toute la famille et nous gâcha, presque, la fête de l’aïd ; néanmoins, nous avions du temps pour rassembler des éléments de preuve de mon innocence et nous en comptabilisâmes plusieurs...

 

     1/Aujourd’hui, cette tradition se perd de plus en plus, même dans certaines petites villes, mais elle survit encore à Nabeul où l’on continue généralement à aller au cimetière pour réciter la Fétiha sur les tombes de tous les morts de la famille, et ce, la veille et le jour de l’aïd ; ainsi qu'à l'occasion de deux ou trois autres fêtes, dont la Achoura…

 

    Et, ne dérogeant alors jamais à cette règle, nous étions tous partis remplir ce devoir de piété familiale, dans deux voitures, sous les regards respectueux[1] d’une équipe d’ouvriers de la municipalité, occupés à damer le trottoir qui faisait face à notre villa.

 

    M’étant souvenu de ce détail important, je me rapprochais donc de leur chef d’équipe, auquel j’appris cette histoire d’accident à la sortie du Kef et il me confirma que tout le groupe avait bien noté la présence de ma Borgward à Nabeul, l’avant-veille et la veille de l’aïd, et que lui-même m’avait également bien vu pendant ces deux jours, ainsi que le jour de la fête.

 

    Il m’assura que lui, ainsi que chaque ouvrier de son équipe, se ferait un devoir d’en témoigner, sous serment si nécessaire.

 

    2/Par ailleurs, il y avait une bonne douzaine de copains et de connaissances qui m’avaient vu au Claridge, dont certains avaient été témoins de la fameuse bagarre expliquant mon plâtre; et qui pourraient en témoigner le cas échéant…

 

    3/Je rendis enfin visite à Madame Zramdini accompagné de Néjette et, tout en nous offrant des boissons et des gâteaux, elle se déclara tout à fait prête, en cas de besoin, à apporter également son témoignage, ajoutant que, de son coté, son mari ne manquerait pas  de le faire…    

 

     J’avais ainsi plusieurs motifs objectifs, outre mon flegme et ma crédulité, de croire que je n’avais pas à m’inquiéter des conséquences de cette histoire incroyable, qui pensais-je sur le moment, sera étouffée dans l’œuf par la garde nationale du Kef.

 

    C’est pourquoi j’essayais, vainement, de convaincre mon père de ne pas m’accompagner au Kef, comme il avait déclaré vouloir le faire. Mais, connaissant alors, mieux que moi, les failles de la justice, il tint à le faire, malgré son état de fatigue générale.

 

    Ainsi donc, lundi matin, l’un des agents de la garde nationale se mit au volant de ma Borgward pour nous conduire, mon père et moi, au Kef où ma voiture fut l’objet d’un examen méticuleux, par une équipe technique d’investigations, qui la passa au crible.

 

     Au milieu de l’après midi, le responsable régional de la garde nationale nous téléphona à l’hôtel où Papa avait pris une chambre pour s’y reposer. Il nous déclara qu’après l’examen minutieux de  ma voiture, il n’y avait pas, la plus petite possibilté qu’elle ait pu être impliquée dans cet accident, que, par conséquent, il allait faire un rapport dans ce sens au procureur de la république et que je pouvais passer prendre ma Borgward quand je voulais.

 

    Je pris tout de suite l’un des rares taxis en circulation à l’époque au Kef et je me dépêchai d’aller récupérer ma voiture. Je trouvais l’agent de Nabeul que ses collègues avaient retenu à déjeuner et il fut tout heureux de me rendre le service de nous ramener à Nabeul m’évitant ainsi, de conduire avec mon poignet emplâtré.

    

    Avant de quitter le Kef, j’étais passé voir mon directeur à qui je présentais un certificat médical et une demande de congé de 15 jours de maladie. Il me fit part de toute sa sollicitude et ayant tenu à m’accompagner jusqu’à la voiture pour saluer mon père, il se dit satisfait que cette curieuse histoire s’arrête là.

 

     Mon père et moi l’étions encore plus que lui, mais, il s’avéra que nous avions eu tort, de croire pouvoir l’être, de si tôt…



[1] En ce temps là, les ouvriers de la municipalité étaient tous des nabeuliens, issus de familles nécessiteuses, mais des nabeuliens qui connaissaient nommément chacun des membres de ma famille y compris Ella Mongia et qui étaient très respectueux envers mon père, que plusieurs parmi eux, saluaient comme la majorité de nos concitoyens locaux, d’un  "Sbeh il khir" ou d’un "Messik bilkhir", complétés systématiquement par  "Sidi Hmeïda" 

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