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Incursions dans une vie antérieure avec retours sarcastiques sur des errements sociopolitiques plus actuels,

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Le pourquoi et le comment...

 

Le pourquoi et le comment des prénoms (doubles) de mes enfants.

 

Laissez moi vous conter, pour quitter un peu l’émotion et surtout la tristesse dans laquelle je viens de vous plonger, comment et pourquoi, Adnène s’est aussi prénommé ‘El Barize’, Ashraaf, également ‘Soundouss’ et Amal, ‘Anissa’.

 

J’ai adoré vivre à Paris quelques temps, j’ai beaucoup aimé cette ville et j’y ai passé des moments qui comptent, sans aucun doute, parmi les plus heureux de ma vie dans l’absolu ; avec mon épouse Alia, j’y ai séjourné pendant une période d’autant plus heureuse que son début nous a pratiquement servi de voyage de noces, bien que plutôt motivé par mon doctorat et par les études de droit de Alia[1] ; plus tard, et au cours de mes nombreuses missions, en France, en Allemagne, en Italie, en Norvège, …et même au Canada ou aux Emirats arabes, je me suis toujours fait un plaisir de transiter par Paris et y faire une brève escale…        

 

En 1963/64, j’y avais vécu une période très heureuses couronnée par mon succès universitaire, après de multiples rencontres, les unes plus marquantes que les autres..., et, au cours de la semaine ayant précédé la naissance d'Adnène, l’appellation de Paris me trottait dans la tête sous forme de leitmotiv quasi-obsessionnel.

 

Je connaissais au moins un héro de la mythologie grecque portant ce prénom, mais je ne pouvais me résoudre à l’accoler, tel quel,  à mon fils, si fils il devait y avoir.

 

Je ne voulais pas courir le risque de le voir se faire railler à l’école pour porter ainsi le prénom du héro de la toison d’or, voire de le faire traiter, par ses futurs petits camarades, de mécréant ou de roumi… Et c’est en me prêtant à un véritable exercice de vocalise, en chantonnant ce mot, que je m’aperçus qu’il suffisait de prononcer Paris en dialecte tunisien, ce qui donne ‘Bériz’, et que le tour était joué ; puisque ce faisant, en déplaçant simplement l’accent tonique de la seconde à la première syllabe, j’obtenais le qualificatif Bériz ou El Bériz qui signifie, le saillant ou le remarquable, ce qui, je n’en doutais pas un seul instant, allait parfaitement convenir à mon fils !!!  

 

Dieu, dans sa bonté incommensurable, a bien voulu permettre aux faits objectifs de la petite histoire de ma famille, de me donner largement raison quant à l’excellence morale et physique d’El Bérize Adnène ibn Taoufik.

 

Mais lorsqu’ayant donné suite à la suggestion de Néjette, sa mère, qui avait proposé Adnène, je l’avais fait précéder, sur le registre de l’état civil, de ma « trouvaille » inspirée directement de Paris, sans en avoir préalablement discuté avec elle, Néjette tiqua un moment,  puis, elle partit de son éclat de rire si caractéristique, la bouche large ouverte, en forme d’œuf et le ventre tressautant…

 

En ce qui concerne Ashraaf, presque le même scénario se mit en place, avec un décalage de 15 ans et avec un changement de protagonistes : C’est Alia, ma deuxième épouse, qui choisit de faire prénommer le poupon Achraf (celle-ci, angliciste de formation, choisira à sa majorité, une orthographe anglo-saxonne ‘Ashraaf’ pour ce prénom ).

 

Et, en ce fameux 31 janvier 80, arrivé devant le même bureau d’état civil de Mutuelle-ville, je fus saisi de la même impulsion irrésistible, de lui accoler un deuxième prénom, et c’est celui de Soundouss qui s’imposa à moi.

 

J’avais entendu ce prénom une ou deux fois et il m’avait semblé véhiculer une douce musicalité ; ayant en outre appris qu’il signifiait quelque chose de beau en arabe littéraire, signification qui ne me revenait pas à l’esprit sur l’heure[2], je décidais néanmoins de l’officialiser.

 

Ce prénom n’eut pas l’heur de plaire à Alia qui le bouda, sous prétexte que l’une de ses vagues connaissances, qu’elle ne tenait pas en grande estime, avait une fille qui portait le même…   

 

Quant à moi, je l’adoptais d’autant plus préférentiellement, que je pouvais aisément le  décliner en plusieurs formes, pour les nombreuses berceuses que j’improvisais pour endormir Ashraaf  à ses moments de fébrilité de nourrisson, ou plus tard pour cajoler le beau  bébé qu’elle était rapidement devenue et provoquer ses fous tires en la chatouillant. [3]

 

Aujourd’hui, j’ai fini par céder à la pression environnante, et tout le monde l’appelant Ashraaf, à la maison et ailleurs, je ne l’appelle plus guère Soundouss, mais qui sait…  

 

Venons en maintenant à la benjamine !

 

Alia mon épouse, que j’ai connue tout enfant à la plage de Nabeul, alors que je n’étais moi-même qu’un gamin présomptueux (qui jouait au beau gosse irrésistible),... Alia donc, avait une sœur un peu plus âgée ; et il me souvient que, par inconscience ou par méchanceté de cet âge ingrat, je n’arrêtais pas de la taquiner.

 

Elle était malade et fragile, mais presque personne ne le savait pas ; elle était mignonne et intelligente, mais j’avais le chic de la mettre hors d’elle, par le flegme phénoménal qui m’a caractérisé pendant une longue période de ma jeunesse ; et par mes taquineries incessantes… Cette sœur qu’Alia aimait beaucoup, décéda subitement à l’âge de 11 ans…Elle se prénommait Emèle,   ce qui signifie espoirs (au pluriel).

 

Déjà, à la naissance d'Ashraaf, Alia avait très envie d’opter pour ce prénom d'Emèle ; elle avait eu un rêve dans lequel sa défunte sœur lui apparut, souriant tristement, comme pour lui reprocher de l’avoir oubliée. Mais, sans doute par superstition, elle résista à l’envie de choisir le prénom de sa sœur…

 

Mais, à la naissance d’Amal, elle m’apprit que sa sœur lui avait de nouveau apparu en rêve et qu’elle lui avait semblée encore plus triste et chagrinée…et cette fois-ci, elle décida de prouver à sa sœur, qu’elle ne l’avait jamais oubliée, et que, jamais elle ne l’oubliera, et elle opta, presque, pour son prénom.

 

Comme pour conjurer le sort, elle en convertit le pluriel Emèle  en singulier Amal, qui signifie toujours espoir et qui s’orthographierait phonétiquement Aemel, le a’, arabe se prononçant ici comme son homologue anglais dans cat.   

 

  Et, jamais deux, sans trois, comme le veut le proverbe, je devais taquiner Alia à mon retour des services de l’état civil, en lui apprenant que je ne voyais pas pourquoi on ferait plaisir à sa sœur décédée, et qu’on ne fasse pas ce même plaisir à son frère benjamin, Anis[4]bien vivant,  et que j’avais ainsi décidé qu’Amal se prénommerait aussi : ‘Anissa’ !!!

 

        Alia, quelque peu ronchonne, comme ceux qui la connaissent le savent bien, trouva ce prénom quelque peu original…dans le sens péjoratif du terme, mais elle finit par s’y faire pour un moment…[5]

 

        En effet plus tard, Amal adulte, apprécia très peu ce second prénom, ce qui fait que personne ne l’utilise plus !

    



[1] Durant ce séjour là,  Adnène, qui avait alors 12 ans est venu nous rejoindre pendant les vacances de Pâques et il a également beaucoup aimé y passer ce qui était pour lui, les vacances du printemps…   

 

[2] Soundouss qui est cité dans le Coran c’est la soie et/ou le satin dont sont faits les tissus des habits des beaux garçons qui servent aux croyants les plus fins mets et les breuvages les plus subtils au Paradis. Sourate de l’Homme verset  20.

 

[3] L’une de mes berceuses favorites comportant entre autres strophes : « Sneïdousse, Sneïdousse, ma fille est la plus douce » sur l’air très beau et alors en vogue de la chanson de Lara,  du docteur Jivago, ou encore,  sur un air plus allègre « Sneïdoussa ya Sneïdoussa aati il papouna  boussa » qui signifie comme vous l’aurez compris donne un baiser à papa en jouant sur les diminutifs…

 

[4] Anis, signifiant en arabe littéraire le bon compagnon ou celui qui est de bonne compagnie ;  Anissa étant bien évidemment le féminin, celle dont on veut augurer qu’elle sera de bonne compagnie pour sa famille et pour son entourage…

 

[5] J’ajouterai, pour être plus complet, qu’en dédoublant les prénoms de mes enfants, j’ai suivi en cela mes parents qui nous ont prénommés, Bédye Ezzamène, Mohamed Taoufik, Lilia Faouzia, Mohamed Féthi et Mohamed Kamelleddine.

 

 

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