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Incursions dans une vie antérieure avec retours sarcastiques sur des errements sociopolitiques plus actuels,

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(29) Une digression de plus, une!

StarAcademy arabe, sourdes envies et luttes nationalistes arabes surmédiatisées.

 

        Le concept de StarAcademy, parti d’Angleterre et consistant à révéler de nouveaux talents de la chanson à travers le regroupement d’une sélection d’une douzaine de candidats tamisée au bout de plusieurs semaines, dans une masse se comptant par milliers, sous le regard de téléspectateurs passionnés et assidus, s’est propagé notamment en France et au Liban.

 

         Les téléspectateurs tunisiens virent avec une certaine fierté la jeune, belle et élégante Baha les représenter avec brio à l’édition libanaise 2004. Baha surclassa largement tous ses concurrents par son talent réel et la grande beauté de sa voix. Mais les sélections se faisant par comptage de SMS expédiés des différents pays arabes représentés, Baha fut éliminée en demi-finale par un clown Egyptien, attachant mais n’ayant rien d’un chanteur, propulsé en une finale qu’il gagna ensuite aux dépens d’un bon candidat d’un pays du Golfe.

        

         Baha fut desservie par le fait qu’en 2004, les Tunisiens avaient été les seuls à ne pas pouvoir voter pour leurs candidats, Tunisie-Télécoms n’ayant ni  signé de convention avec les organisateurs, ni établi de ligne de SMS pour l’étranger.

 

           Baha n’aurait  d’ailleurs pas eu grande chance de gagner, les Tunisiens n’étant, dans leur totalité que dix millions, face aux soixante-dix millions d’Egyptiens.

 

         L’édition 2005, vit la participation d’une autre tunisienne beaucoup moins fine que Baha et paraissant d’abord mal assurée et quelque peu désagréable par ses manières un peu frustes et son accent kerkennien  prononcé. Mais au fil des semaines, prenant de l’assurance, travaillant avec acharnement et s’attachant davantage que les autres candidats à bénéficier des diverses formations fournies en chant, en maintien et danse mais aussi en matière de diététique et de bonnes manières, la jeune Amani, qui déjà au départ avait une très belle voix, hormis son patois populaire, se métamorphosa lentement mais sûrement en véritable diva.

 

         Par ailleurs, les formateurs ayant acquis de l’expérience et prenant conscience de la beauté et la force exceptionnelle de la voix de la candidate Amani qui interprétait merveilleusement Oum Khalthoum,   Asmahane et même des chansons plus légères et plus modernes qu’ils lui imposaient,  furent quasi-unanimes à ne jamais la nominer jusqu’à la finale, ce qui la protégea des votes largement chauvins…

 

         Auparavant, les téléspectateurs  tunisiens qui ne sont ni bêtes ni aveugles assistaient tout au long des dernières semaines aux alliances qui se faisaient et se défaisaient, au double niveau des candidats en lice, certains de ces candidats, jalousant d’autres et cherchant à les déstabiliser, n’hésitant pas à les agresser verbalement quand ce n’est pas en leur jetant dessus  un seau d’eau froide en plein sommeil, cette dernière prestation particulièrement bête et méchante, étant signée par le candidat saoudien aux dépens de la pauvre Amani qui en fut littéralement choquée…

 

         A cette lutte là se superposait à une autre, entre les différents pays représentés et ce, au moyen des SMS apparaissant au bas de l’écran, y compris,cettefois-ci, ceux des  Tunisiens ayant enfin droit au chapitre par les lignes heureusement établies par Tunisie-Télécom et Tunisiana.

 

         La production semblait à la fois subir et provoquer ces alliances et dés-alliances conjoncturelles, faisant une surprise appréciée à Amani en invitant sa mère à passer auprès d’elle 24 heures, pour inviter le surlendemain les mères égyptienne et libanaise, à passer plusieurs jours auprès de leurs filles, allant jusqu’à accentuer ce déséquilibre flagrant en élargissant l’invitation aux deux sœurs  égyptiennes,  avant de se « rattraper » en réinvitant la mère tunisienne….

 

         Quelques belles voix payèrent les pots cassés de ce jeu, c’est ainsi que passèrent à la trappe un Libyen, deux Libanais, un Jordanien, un Koweïtien, …et ne restèrent plus en lice que l’imbécile heureux agresseur jaloux d’Amani, celle-ci et une pimbêche égyptienne, mignonnette mais superficielle,  à la voix écorchée et au souffle court.

 

         Les nominations des professeurs, préservant la talentueuse tunisienne, exposèrent l’Egyptienne et le Saoudien aux votes des publics de l’avant dernière semaine ; et c’est alors que le poids démographique des 70 millions d’Egyptiens, se révéla inopérant  face à celui monétaire des Saoudiens qui n’en comptent qu’aux environs de la moitié.

 

         Et c’est le bellâtre saoudien Hicham que l’on retrouva en finale face à Amani la Tunisienne.

 

        Pour Les Tunisiens qui jusque là encourageaient leur candidate sans excès ni passion, ce fut le branle-bas de combat.

 

         Ayant constaté que le système était faussé à la base parce que donnant un pouvoir exorbitant aux votes des pays aux poids démographique et/ou monétaire, ce qui risquait fort de faire ainsi du Saoudite,  une star de la chanson arabe, alors  qu’il avoue lui-même avoir plutôt des dispositions pour une certaine comédie, sans en posséder aucune  pour le chant,  les Tunisiens eurent plusieurs réactions :

 

Ø     Quasi-simultanément, le lundi 11 avril, jour anniversaire d’Amani, le Président tunisien et son épouse, lui envoyaient un beau bouquet de fleurs pour son anniversaire avec une petite carte de vœux et d’encouragement. [1]

Ø     Un jour avant, une campagne  spontanée s’auto-organisait au sein de la population qui s’encourageait mutuellement à massifier les votes tunisiens par  l’envoi de SMS et par téléphone.

Ø     Enfin dans une action à la fois commerciale et nationaliste, les deux sociétés de télécommunications faisaient diffuser des spots publicitaires incitant leurs clients à profiter de baisses conjoncturelles des coûts des votes par  SMS et téléphones, réduisant ce coût de 40%,  puis de 70%.

          

          Dans le même temps une espèce de clivage s’opérait au sein des pays arabes en deux blocs, l’un pour la candidate tunisienne, bloc  motivé généralement par le constat de l’écrasante supériorité de sa technique de chant et par la grande beauté de sa voix.

 

         Cette première tendance était, globalement, celle des votants marocains, irakiens, yéménites, jordaniens et  ressortissants du Sultanat de Oman,  avec quelques libyens et libanais, sachant que ce clivage est celui visible au niveau des SMS et que les communications téléphoniques, n’apparaissant pas à l’écran, peuvent totalement révolutionner ce clivage apparent, dans un sens totalement différent.

 

         Les motivations du deuxième bloc, me semble-t-il, sont plus complexes et me paraissent relever de la jalousie et de l’esprit revanchard.

 

         Ce que peuvent  jalouser à la Tunisie, certains des pays de ce bloc, c’est en vrac et sans ordre de priorité, sa stabilité politique et sociale, son développement économique et son niveau de vie décent, son statut de la famille et de la femme, ses succès sportifs internationaux[2]

 

         L’esprit plutôt revanchard mes paraît consécutif à l’élimination de candidats ressortissants de ces pays, élimination dont ni la candidate tunisienne ni son pays ne sont responsables, les Tunisiens s’étant par exemple fortement mobilisés pour la candidate algérienne, très jolie, mais sans prétentions réelles à concourir …  

 

             Les surenchères saoudiennes s’organisèrent quant à elles lourdement, ainsi:

 

Ø     A partir du mardi 12 avril, lendemain de l’anniversaire de Amani, alors le candidat saoudite n’avait pas d’anniversaire à fêter, d’énormes bouquets de fleurs empotées dans des vases tellement lourds que le pauvre Bachar, eut de la peine à les soulever et les transporter ; ce furent d’abord, un prince saoudite, puis deux princesses, puis un troisième et quatrième princes qui noyèrent le pauvre Bachar sous ces pesants cadeaux.

Ø     L’ambassade de Tunisie ayant ajouté un autre joli bouquet, normalement enveloppé de papier cellophane, à l’intention de Amani avec une deuxième carte officielle de vœux, la chambre de Bachar et même les parties communes de l’espace de vie, furent envahies par de nombreux autres bouquets aussi énormes et aussi lourds…

Ø    Qui plus est, des SMS émanant de saoudites et saoudiennes[3]eurent tôt fait d’envahir le bas du petit écran pour y défiler, semant l’intox en affirmant que grâce à une « énorme mobilisation tunisienne », Amani mènerait largement au score et incitant les saoudiens à se réveiller ou au contraire pour affirmer que des chèques en blanc ont été donnés pour des votes écrasants en faveur de Bachar… 

 

Telle est aujourd’hui la situation, nous sommes le vendredi 15 mars, il est 11h30 du matin l’écho de l’émission StarAcademy libanaise me parvient du salon où sont installées Alia mon épouse et Ashraaf ma fille. Elles ont encore acheté de nouvelles cartes et sont occupées à envoyer d’encore plus nombreux SMS, exercice qu’elles apparentent depuis vendredi dernier à un devoir national.

 

Quelques minutes après, mon épouse monte me rejoindre dans mon bureau pour m’annoncer que la finale, organisée ce soir pour départager Amani et Bachar, et que le déroulement de cette finale sera retransmis par la chaîne principale tunisienne, comme l’avait été exceptionnellement celui de la demi-finale, la semaine passée !

 

Est-ce que, l’une ou l’autre des nombreuses chaînes saoudiennes ou toutes à la fois, prendraient l’initiative réellement révolutionnaire de retransmettre la finale, (qui ne saurait à mon avis leur échapper) ?

 

Cela m’étonnerait beaucoup qu’une telle permission leur soit donnée, car ce ne serait ni politiquement ni religieusement correct, ce serait littéralement shocking ! Mais sait-on jamais ? 

 

Il importe très peu, à mon avis, que ce soit la Tunisienne ou le Saoudite qui soit consacré(e) ce soir Star arabe de la Chanson sur un plan strictement national voire nationaliste ; sauf pour les mélomanes qui seraient, à mon avis, frustrés sur le plan purement artistique dans l’hypothèse favorable à l’amuseur saoudite.[4]

 

Ce qui est plus important, c’est de constater que malheureusement le chauvinisme arabe, sévissant plus gravement que dans les autres pays (dont aucun n’est exempt), semble devoir confirmer, encore pour très longtemps ce qu’avait constaté un penseur arabe à savoir que :

 

« Les Arabes se sont mis d’accord, une seule fois pour toutes, sur la nécessité de ne plus jamais être d’accord» .

 

Et que pour le moment, ni le phénomène de l’accélération de l’histoire, ni celui de la mondialisation, ni encore celui du dictat bushiste et plus généralement américain se voulant homogénéisant, ne semblent, leur avoir permis de rattraper leurs retards  en matière de cultures, civique, esthétique et artistique, pour s’en tenir là...

 

Revenons maintenant aux années soixante et voyons comment, à la place de Paris nous dûmes aller à Nancy, avec pour objectif d’achever notre licence d’éducation physique…

 

           



[1] Le Président tunisien, coutumier de récupération politique de performances, habituellement sportives des Tunisiens, sautant sur l’occasion pour récupérer, cette fois-ci la performance culturelle d’Amani !!


[2] Le contenu de quelques SMS me paraissent particulièrement édifiants à l’égard de la jalousie des succès sportifs.:Certains algériens, déclarent que la Tunisie n’a jamais été un grand pays sportif, notamment en foot et en hand et que seuls le Maroc, l’Egypte et bien sûr l’Algérie le sont vraiment, contestant au passage, à la Tunisie, son droit d’organiser la coupe du monde de  hand (Tunis janvier-février 2005) et sa qualification à la demi-finale, alors que de l’aveu de la presse mondiale spécialisée, le Club Tunisie eut été Le Vainqueur de cette  coupe, cela n’aurait été que largement mérité ! Ne parlons pas des multiples qualifications de la Tunisie, beaucoup plus nombreuses que celles des pays cités par les SMS, aux différents stades de consécration, 16èmes, 8èmes,  de la coupe du monde de football…


[3] Heureusement qu’elles ont le droit d’en envoyer, espérons qu’elles auront bientôt celui de conduire une voiture.

 

 

[4] Bien entendu, pour la petite histoire, ce fut le bellâtre saoudien qui aura le sacre « staracadémique » de par la force des dollars US, via les banques saoudites au grand dam des mélomanes ; petite consolation : Une année plus tard, il avait disparu de la circulation, tandis qu’Amani poursuit son petit bonhomme de chemin et est en passe de devenir une diva de la chanson arabe.

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