Incursions dans une vie antérieure avec retours sarcastiques sur des errements sociopolitiques plus actuels,
Le jour où j’ai eu peur de mes réactions face à ZABA*,
ce « président-qui-connaît-tout-mieux-que-personne !»
Durant ma carrière, j’ai été appelé à diriger quelques institutions nationales relevant de divers ministères.
Pendant les années 88/90, j’étais à la tête d’un institut supérieur de formation de cadres de l’enseignement qui, comme la majorité des institutions similaires, était doté d’infrastructures usées jusqu’à la corde, de personnel administratif et ouvrier poussif, de budget dérisoire et de collègues parsemés de quelques intrigants, pâles ‘’RCDéistes’’1 jaloux et incompétents et de ‘‘Khobsistes’’2 frileux, mais fort exigeants envers la direction, presque jamais envers eux-mêmes…
Parmi ces ‘‘hauts cadres’’ de la Nation, figurait en bonne place un directeur des études, qui aurait du quitter son poste automatiquement à la fin du mandat de mon prédécesseur, comme l’exige le règlement pour permettre au nouveau boss de constituer une équipe de collaborateurs ne comptant pas trop de saboteurs ni de bras cassés.
Mais ce magouilleur invétéré et saboteur très qualifié en RCDéiste patenté qu’il était, s’est maintenu en place contre vents et marées et contre la volonté même du ministre qui m’avait fait nommer, et ce grâce à des appuis occultes parés de mauve*…
Ce qui devait arriver, arriva, après m'avoir cependant laissé quelques mois de répit…
Ayant demandé et obtenu, dans les premières semaines, une inspection générale administrative et financière, j’eus en mains une pièce officielle constatant dûment l’état général on ne peut plus médiocre de l’établissement, rapport dans la conclusion duquel étaient énoncées plusieurs mesures urgentes, notamment budgétaires en vue de parer au plus pressé…
Bien entendu, ces recommandations adressées au ministère restèrent lettre morte, d’autant plus irrémédiablement qu’un nouveau ministre fut désigné à la tête de la tutelle, bien avant que des fonds de sauvetage puissent être envisagés …
Bien entendu, des lettres anonymes ‘‘dénonçant’’ la précarité de l’état des lieux que l’on attribuait courageusement à la ‘‘déficience’’ de ma direction, commencèrent à affluer à l’attention bienveillante du nouveau ministre.
De pareilles lettres avaient déjà atterri de temps à autre sur le bureau de l’ancien ministre, qui bien informé quant à la situation et soupçonnant fortement l’identité de leur courageux auteur anonyme, qui spécifiait chaque fois agir pour le bien de l’institution, les jetait à la poubelle…
Bien entendu, connaissant bien moi-même la musique, j’avais décidé d’adresser de temps à autre un rapport de rappel reprenant l’essentiel du document de l’Inspection Générale et ses recommandations, y ajoutant un descriptif encore plus détaillé des carences endémiques qui empiraient, faute de mesures énergiques, notamment financières…
Et surtout, ayant eu vent des premières dénonciations et me doutant bien qu’elles allaient redoubler avec la nomination d’un nouveau ministre, j’avais décidé d’adresser une copie personnalisée de mon dernier rapport au Président de la République, sous le couvert de mon ministre…
Celui-ci, débarquant juste au ministère, tout occupé à marquer son terrain, à pavaner et à faire semblant d'écouter, ne put prendre connaissance de ce rapport, malheureusement pour lui et pour Le magouilleur en chef.
Puisque, ce dernier voulant battre le fer tant qu’il était chaud, lui adressa des copies fraiches de ses œuvres souterraines, toujours anonymes et toujours pour le bien de l’institution…
Monsieur le (tout-nouveau) ministre, ne fit, ni une, ni deux et débarqua dans l’institution, sans s’annoncer, imitant en cela ZABA... il dirigea aussitôt vers le restaurant universitaire de l’institut, accompagné de deux délateurs internes qui s’étaient ‘miraculeusement’ tenus prêts à le recevoir, renonçant ‘courageusement’ de leur anonymat protecteur…
Chauffé à blanc par mon directeur des études et par une autre taupe RCDéiste en la personne d’un vague secrétaire, monsieur le ministre constatant l’état insalubre du resto et la bouffe immangeable servie aux étudiants, monta sur ses ergots et m’envoya chercher en urgence, avec l'intention de me ''sonner les cloches’ comme il se doit…
Dûment informé par le chef cuisine dépêché pour me convoquer (qui s’empressa de me préciser, par qui, le ministre était encadré), je lui dis de retourner au resto et d’annoncer que je le suivais de près…
Puis, après m’être efforcé de perdre quelques minutes supplémentaires, je saluai un ministre passablement énervé qui commença à m’agresser verbalement en hurlant, presque...
Je lui répliquai calmement, mais ironiquement que nous aurions tout intérêt à continuer cet entretien dans mon bureau, pour que je ne sois pas forcé de lui manquer de respect en public et surtout en présence de deux connards de délateurs patentés…fort connus de la Présidence.
Douché par mon calme, ma détermination et surtout par l’allusion magique à la Présidence, monsieur le ministre consentit aisément à me suivre, plantant là le directeur des études et sa vague sentinelle…et c’est tout juste si, déjà en me suivant vers mon bureau, il ne s’excusa pas de s’être laissé emporter…
Cet épisode fut bouclé normalement lorsque, dûment informé par mes soins et saisi de copies de mes rapports dont celui à la Présidence, ce ministre, comme pour se faire pardonner, croyant bien à tort, que j’avais des protections occultes, me proposa un poste en son cabinet à la place de mes fonctions du moment…
Il faut préciser que nous étions alors au cours de la 2ème année du coup d'Etat du 7 novembre et que ZABA, s’il terrorisait déjà ses collaborateurs et ses ministres, jouait encore aux yeux du bon peuple le rôle du réformateur exigeant et incorruptible…J’ajouterais que bien entendu, je déclinai l’offre du ministre, ce qui ne m’empêchera pas de collaborer avec lui en lui adressant, à la demande, des rapports d’expertise sur des sujets pointus.
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Quelques années plus tard, je fus désigné à la tête d’un autre institut supérieur de la banlieue de Tunis et je retrouvais, sans réelle surprise, une situation comparable à celle qui prévalait dans le premier… restaurant U lamentable à tout point de vue, routes intérieures défoncées, salles de cours et amphis tiers-mondistes navrants et frigorifiants l’hiver, cuisants en été, administration démunie etc. etc.
Ben Ali était alors dans sa période de Président-sait-tout-mieux-que-quiconque, s’affichant à la TV7mauve, en visites quotidiennes dans divers patelins perdus dont il déclarait vouloir développer les infrastructures et y soulager les citoyens via les fonds du fameux 26/26 qui s’avéreront, bien plus tard des fonds quasi-familiaux et personnels…
Il débarquait dans ces contrées le plus souvent en hélico, faisait semblant d’écouter les doléances, faisait prendre des notes à ses accompagnateurs empressés, embrassait les vieilles paysannes ébahies et reconnaissantes, caressait les cheveux de quelques bambins et s’envolait…
Dans le même temps, il visitait aussi des institutions économiques, sécuritaires, observatoires de météo et autres et même d’enseignement et de recherche scientifique…
Bien entendu, il faisait tout ce cinéma pour amuser la galerie et donner l’illusion de ne pas se contenter de présider aux destinées du pays de loin, dans son palais usurpé, et qu’il assumait son rôle d’homme de pouvoir qui privilégie le terrain et qui veut se rendre compte de lui-même de la marche du pays.
Il faut reconnaître que ce cinéma a largement fonctionné et lui a rapporté un paquet de dividendes en monnaies sonnantes et trébuchantes et en crédibilité aux yeux de très larges masses du bon peuple, facilement bernées, et même auprès de nombre de personnes se croyant moins crédules…
Et si lors de ses bains de foules déguisés en visites surprises, il se donnait des airs bon-enfant, en rabrouant gentiment un Omda par-ci, un Mootamed par-là, leur reprochant leur manque d’efficacité,... dans les institutions il en allait tout autrement…
On voyait des chefs d’entreprises ou d’établissements affolés de le voir investir les lieux sans crier gare, et se mettre quelque peu à les bousculer :
Le Président, coupant constamment la parole, à l’expert en informatique, pour le contredir en lui affirmant qu’il savait de quoi il parlait ... face à l'officier chef de poste de police, il était arrogant, soulignant avec une ironie vindicative sa qualité d'ex-ministre de l'intérieur, dans le laboratoire de l’expert agronome il en savait davantage que le maître des lieux ; face au médecin, il critiquait et conseillait sans savoir vraiment de quoi il parlait ... et même devant le chercheur consterné par tant d’arrogance ignare, il osait avoir son mot à dire !
Bien entendu, tous ses interlocuteurs, même maladroitement bousculés, constamment interrompus et vexés de ne pouvoir s’exprimer ni expliquer, ne se sentaient pas le courage de se rebeller, conscients du danger qu’ils encourraient à oser le contredire… et ils se taisaient, lui laissant immanquablement et toujours le dernier mot !
J’avais quant à moi, une trouille bleue qu’un jour il ne se décidât à venir me faire la leçon dans mon bureau en présence de mes étudiants et de mes collègues enseignants-chercheurs, voire en celle de la majorité du peuple via sa TV7mauve…
Ce n’était pas tant lui que je craignais,… j’étais quasi-certain de ne pas pouvoir me contrôler et me taire, j’avais peur de mes réactions et de leurs retombées, surtout sur ma famille et particulièrement mon épouse et mes enfants.
Ceux de mes lecteurs qui, dans mes précédentes publications sur ce blog, ont déjà pris connaissance de mes attitudes respectives face à l’inspecteur français raciste Boulogne, face au président du tribunal du Kef et à son procureur qui m’accusaient, à tort, de crime et délit de fuite ou face à d’autres détenteurs de parcelles de pouvoir tyrannique savent combien je suis allergique à leurs velléités d’injustices et combien facilement, je peux me transformer en révolté enragé, risquant de grands ennuis…
Mais avec Ben Ali, j’étais vaguement persuadé que je lui devais, ne serait-ce qu’indirectement, quelques services et coups de main dans des situations dans lesquelles je m’étais fourré et d’autres dans lesquelles l’injustice des hommes m’avaient mis en demeure de me rebeller…
Et je craignais de me rebeller, d’être irrespectueux et surtout ingrat, face ce président qui même sans le savoir expressément, m’avait pensais-je, rendu ces services, sur lesquels je reviendrais, si Dieu Veut, un jour prochain.
Toujours est-il que chaque fois que je voyais ZABA bousculer et vexer ces gens qui s’efforçaient de faire leur travail du mieux qu’ils pouvaient, et ce, dans le seul objectif de se confirmer dans la peau du président-qui-sait-tout-mieux-que-le-meilleur-expert, j’avais réellement peur qu’il vienne me bousculer et qu’il finisse par me faire coffrer au grand dam de ma famille, tant j’étais certain de ne pas pouvoir me laisser humilier, sans réagir…
Aujourd’hui, je remercie Allah le Magnanime de m’avoir préservé de devoir être acculé à me rebeller publiquement contre ce ‘tyranneau’ ignare et sans envergure, comparé au Grand Bourguiba qui, lui au moins, était un tyran éclairé.
ZABA, est quant à lui, un-Grand-Brigand-et-tout-petit-homme-ignare-sans-scrupules qui ne sut même pas tirer sa révérence dignement et qui a préféré lâchement fuir son pays en emportant avec lui, l’argent de tout le peuple tunisien qui n’a pas fini de le maudire...
Dans le post qui suit, je reviendrai InchaAllah, sur les services que ZABA m’a rendus… sans le savoir, ni le vouloir vraiment…
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*ZABA, c'est l'acronyme fort connu des Tunisiens de Zine el Abidine Ben Ali, le président maffieux déserteur.
*Le mauve étant la couleur de ralliement des 'adorateurs' inconditionnels de ZABA, les inféodés au parti maudit le RCD.
1 Rcédéistes ce sont, dans le jargon tunisien de ces jours, les adhérents au RCD, Rassemblement Constitutionnel Démocratique ancien parti au pouvoir dissous après la fuite de Ben Ali, parce que complices dans tous les crimes du président maffieux...
2 Khobzistes ce sont les gens frileux qui se contentent de se taire et de gagner leur Khobz, pain en tunisien.