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Incursions dans une vie antérieure avec retours sarcastiques sur des errements sociopolitiques plus actuels,

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(22) Escale à Sadiki Tunis.

Brève escale à Sadiki de Tunis.

 

Que dire de cette escale forcée[1] au Collège Sadiki de Tunis au sein duquel, papa réussit à me faire inscrire, en cours d’année, à force d’insistance et grâce à la serviabilité du proviseur qu’il connaissait de longue date ?

 

Que je ne m’intégrai jamais vraiment à mes camarades Sadikiens que je découvris plus policés mais plus retors et moins besogneux que les khaznadariens…Que malgré leur lourde insistance, je n’eus pas le cœur de signer une licence de basket pour jouer contre Khaznadar, ce que le règlement scolaire me permettait, mais ce que je ne pus me résoudre à faire, et que cela me valut quelques inimités de plus…

 

Pourtant ces quelques cinq mois que je passai à la Kasbah allaient peser bien plus, que les nombreuses années Khaznadar, dans le cours de ma vie.

 

▪ A Sadiki je fis la connaissance d’Abdelmadjid A, futur arrière central de l’équipe nationale de football tunisienne.

 

▪ Et chez ma grand-mère, à Bir Lahjar, où je suis revenu habiter, je me trouvai investi d’une, trop grande, liberté que je ne sus pas gérer ; et dont je finis par abuser, au détriment de mes résultats scolaires qui connurent une chute libre… 

 

Chez ma grand-mère en effet, il n’y avait plus cet environnement pédagogique de l’internat, où les heures d’étude induisaient l’achèvement des devoirs et la révision des cours à des heures fixes, travaux qui étaient par ailleurs facilités, sinon optimisés,  par l’émulation du groupe réuni dans un même espace, et surtout par la disponibilité des surveillants, ces étudiants de facs, brillants, qui étaient toujours là, pour expliquer, aider et contrôler ; je passai ainsi, brutalement, de la liberté contrôlée, voire bridée, à la liberté absolue de ne rien faire d’autre, que d’aller au collège et d’en revenir, formellement, aux horaires requis...

 

             Je me souviens que, petit à petit, livré à moi-même, les nombreuses lettres de mes parents et leurs coups de téléphone, rares à l’époque, ne suffirent pas à m’insuffler la volonté de réussir mes études et que je me mis à aller trop souvent au cinéma ; et à rarement faire mes devoirs, quitte à copier, sur certains camarades, les exercices de maths, de physique ou de chimie, nos cahiers posés, à la sauvette, sur le parapet surplombant la place du gouvernement, devant le collège, quelques minutes à peine avant de rentrer en classe… 

 

       Je continuai néanmoins à briller, sans efforts réels, en littérature française, en anglais, en histoire géographie et en éducation physique et sportive ; et c’est pendant une séance de sport, que je me liai d’amitié avec un camarade excellent footballeur et bon gymnaste, Abdelmadjid cité plus haut.

 

       ’     J'appris ainsi qu’à la fin de l’année scolaire, il comptait passer un concours pour entrer à l’Ecole Normale d’Education Physique[2]et suivre une formation de maître d’éducation physique, avec l’objectif de poursuivre ensuite des études spécialisées durant deux années à Paris, pour l’obtention du professorat. Il me fit clairement comprendre qu’il en avait assez de faire des exercices de maths et de se farcir des cours d’arabe, discours qui n’était pas du tout pour me déplaire.

 ppri

C     C    Et c'est ainsi qu’un dimanche matin, de fin mai 58, nous nous retrouvâmes tous les deux en compagnie d’un groupe d’une soixantaine de candidats à passer les épreuves écrites de ce fameux concours. Et fin juin, Abdelmadjid et moi reçûmes, chacun, une lettre nous félicitant de notre admission aux épreuves écrites et nous convoquant pour  des tests sportifs, le dimanche suivant, à 9 heures, à Ksar Saïd.

 

             Au jour indiqué, Abdelmadjid et moi étions, parmi les premiers, à passer les tests et à revenir précipitamment à Tunis, pour nous préparer à disputer des matchs décisifs, lui pour le club de football de Hammam-Lif et moi, pour la section de Basket de la Zitouna.

 

              Nos deux matchs gagnés, nous nous retrouvâmes le lundi matin, un peu catastrophés d’avoir appris la veille, que seuls quatre candidats au fameux concours, dont nous deux, avaient achevé la seconde, que la majorité avait le niveau de troisième et que quelques candidats n’avaient que celui de la quatrième !!

 

        N     Nous  en étions à nous demander si nous n’avions pas fait la plus grosse bêtise de notre vie.

 

        En effet, en décidant de passer le concours, (dès le mois de mars ou avril), nous nous voyions déjà à Paris à passer les épreuves du professorat, (en ayant passé le baccalauréat au préalable, pendant la formation de maître)…Et nous avions alors franchement levé le pied concernant notre assiduité et nos devoirs,  à Sadiki. Nous nous étions mis à fréquenter assidûment les salles de cinéma et les terrains de sport et nous nous attendions à des résultats scolaires, assez catastrophiques…

 

             Et voila que maintenant, nous nous retrouvions embarqués avec des élèves de troisième voire de quatrième, dans un projet censé nous mener au professorat français après l’obtention d’un diplôme tunisien spécialisé et nous en étions à nous demander, s’il ne s’agissait pas d’une grosse arnaque et si nous n’allions pas être de simples maîtres d’éducation physique, grade équivalent à celui d’un instituteur …

 

 

       L’été 58/59

       

        Bi Bien entendu, je n’avais soufflé mot à quiconque des membres de ma famille de cette histoire d’études sportives qui allait, j’en étais certain, bouleverser mes parents.

 

       Cependant, l’été venu et ayant reçu mon bulletin de notes de Sadiki, je constatais, sans surprise, que j’avais à passer plusieurs examens partiels[3],  et que je devais obtenir pour chacun la moyenne de 10/20 si je voulais espérer passer en première et accéder à l’examen de la première partie du baccalauréat ; ces examens concernaient bien sûr les mathématiques, les sciences physiques et la chimie, mais également l’histoire/géographie et l’arabe… et toute la famille réunie, eut vite fait de réaliser, que cela représentait pour moi une mission tout à fait impossible.

 

        Le conseil de famille était donc sur le point de décider qu’il allait m’exempter de ces examens et me laisser profiter de mes vacances en m’imposant de faire de sérieuses  révisions pour mieux réussir à redoubler ma seconde, lorsque je sortis ma carte que j’espérais maîtresse : Je parlais de mon concours et de mon admission à Ksar Saïd.

 

         Aussitôt, ma mère, qui était tout miel, prête à me pardonner mon redoublement à l’idée duquel elle s’était résignée, se transforma en véritable furie ; elle bondit de sa chaise longue et, m’empoignant par l’oreille (qui au fil des années, avait gagné en rectitude et n’était plus décollée), elle faillit me l’arracher, en me criant à la face, trois fois, la même dénégation : Jamais ! Jamais ! Jamais ! 

 

         J’avais dix-huit ans, j’étais déjà plus grand qu’elle de 15 bons centimètres, et c’était la première fois, depuis ma prime enfance, qu’elle me sautait dessus pour me punir et non pour m’embrasser. Je restai sans voix ni mouvement, pas très fier d’avoir réussi à la mettre hors d’elle. Papa s’interposa rapidement et nous nous rassîmes. Elle bouda toute discussion et nous décidâmes de reparler plu tard, de ce qu’il fallait faire ou ne pas faire…

 

       J’eus les deux mois, de juillet et d’août, pour faire miroiter la perspective des études parisiennes spécialisées aux yeux de mes parents, en leur taisant bien sûr le niveau général d’instruction de mes futurs condisciples...

       



[1] Escale forcée par mon renvoi de l’internat de Khaznadar où j’aurais pu rester en qualité d’externe, mais ce qui alors se serait traduit par des déplacements quotidiens de plusieurs kilomètres et une perte de temps notoire …alors que Sadiki était à quelques centaines de mètres de la maison de ma grand-mère.

 

[2] La dénomination complète de cet établissement étant alors, Ecole Normale de Maîtres et Maîtresses d’Education Physique et Sportive : ENMMEPS, Dieu que c’était long et compliqué…


[3] Pour corser davantage les difficultés de passage de classe, l’une des nombreuses aberrations du règlement stipulait alors  que les élèves ayant obtenu moins 7/20 à une ou plusieurs matières, devaient avoir des examens partiels dans ces matières, sans que les notes obtenues ne puissent se compenser et donner lieu à une moyenne générale les concernant globalement.

 


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