Incursions dans une vie antérieure avec retours sarcastiques sur des errements sociopolitiques plus actuels,
Khaznadar l’internat !
Il me plait de faire une petite halte à l’internat de Khaznadar avant de vous amener ailleurs, car j’y ai curieusement vécu quelques-unes de mes plus belles années, et ce, malgré la frustration que me procurait chaque fois, la fin des vacances qui équivalait au retour à la caserne, car caserne était bien le mot adéquat.
En effet, lorsque mon frère Bédye débarqua à Khaznadar au beau milieu de l’année scolaire 49/50, il le fît en compagnie de quelques-uns de ses camarades du Collège Sadiki de Tunis pour lesquels le collège tunisois n’était qu’une étape obligatoire mais transitoire, ce collège étant dépourvu de possibilité d’hébergement.
Khaznadar représentait alors pour eux la Mecque à la fois promise et inaccessible, puisque encore en voie d’achèvement.
Aussi, pour désengorger le Collège Sadiki et régler les problèmes d’hébergement de nombre de ses élèves réduits à se rabattre sur les oukalas[1] de Tunis pour n’avoir pas de proches susceptibles de les loger, l’ouverture de Khaznadar, initialement reportée à la rentrée suivante, fut précipitée et, dès le second trimestre, il accueillait une centaine d’élèves.
Cette première centaine connut une croissance exponentielle et, à la rentrée 52/53, ce fut déjà une ruche d’un millier de futures grosses têtes qui y logeait. Lorsque je fus éjecté de cette ruche au milieu de mon année de seconde, nous y étions près de mille cinq cent…Mais revenons d’abord en octobre de l’an de grâce 1952.
Au sein du contingent nabeulien formé par les classes 49/53, nous étions déjà suffisamment nombreux pour remplir un autocar d’une cinquantaine de places et ce fut effectivement, à bord d’un bus affrété par l’étudiant nabeulien, une association culturelle qui n’existe plus aujourd’hui[2], que nous fîmes notre premier voyage Nabeul Khaznadar à la rentée.
Si Abdelkader, le chauffeur qui est actuellement[3] toujours en vie, nous amenait et nous ramenait à la cadence des petites et des grandes vacances et il eut vite fait d’apprendre nos noms et prénoms.
En empruntant alors, l’étroite petite route intérieure qui longeait les habitations des professeurs pour déboucher dans la grande cour, face au hall de rassemblement, comme pour ajouter à notre angoisse, il prenait un malin plaisir à clamer tout le long de la centaine de mètres qu’il y avait encore à parcourir :
« Haya[4], Haouet, haya Chelli, haya Loussaïef, haya Chelbi, haya Daghfous, haya, haya Khaznadar tout le monde descend…Haya…Khaznadar terminus, tout le monde descend ! »
Parmi ce contingent nabeulien, je citerai pour mémoire[5], Mohamed Rézig[6], Abdelkader Marzouki, Ezzedine Chelbi, Moncef Chelli, Féhri El Kouche, Abdelkader Abdelhak, Mouldi Essoui, Sadok Gharbi, Taoufik Moula, Lassaad Loussaïef, Habib Felah, qui tous, ont partagé les mêmes classes que moi ou des classes parallèles. Il y avait également, Jelloul Gahfous et Noureddine Slimane, plus âgés, qui, avec Bédye Ezzamène, mon frère et d’autres encore, nous ont servi de mentors et de protecteurs …
Cette année là, Monsieur El Féni était notre proviseur, Monsieur Chlioui n’étant encore que le censeur ; le lycée avait par ailleurs Messieurs Kalfate et Abdeljaoued pour surveillants généraux et, comme surveillants, entre autres, Mohamed Ennaceur, Mohamed Amamou, Abdelaziz Ben Dhya, et plusieurs autres qui devinrent, comme bon nombre de grosses têtes sadikiennes et khaznadariennes, des personnalités nationales de premier plan, dont plus d’une douzaine de ministres de la république.
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Les colonnes et les rangs.
Dans le hall qui nous servait parfois pour les séances de maintien et de rééducation posturale avec Monsieur Dolidier, ce qui m’avait d’abord frappé, c’était l’immensité de son espace et la propreté de son carrelage luisant, continuellement astiqué qu’il était par une nuée d’ouvriers et de femmes de ménage en tenue, grise pour les hommes, bleu ciel pour les dames.
Mais m'ont fasciné aussi et surtout, ses nombreuses colonnes dont le tronc faisait près de deux mètres de circonférence, et qui étaient serties de pieds en caps, d’onglets de mosaïque reluisante, également de couleur bleu ciel.
Il y avait deux rangées de nombreuses colonnes, l’une vers l’extérieur du hall qui s’étirait sur 60 bons mètres entre les deux blocs principaux de classes, l’autre au milieu de sa largeur, coupant ainsi en deux le hall et le quadrillant, en plusieurs espaces, de forme plus ou moins carrée.
A peu près au milieu du mur de fond du hall, s’ouvrait un large couloir menant vers un petit jardin intérieur, avec un joli jet d’eau, derrière lequel se situaient nos deux énormes réfectoires.
Avant l’entrée de ce hall, sur la gauche, il y avait l’entrée de l’espace toilettes du premier cycle[7] et, encore plus à gauche, un premier accès aux escaliers menant aux étages et aux dortoirs. A l’autre bout, à droite et éloignées de près de quarante mètres, se situaient les toilettes du second cycle, ainsi qu’un deuxième accès aux escaliers.
C’est dans cet immense hall que, plusieurs fois par jour, était organisée la quasi-cérémonie de l’alignement des rangs et de la marche par deux, vers les classes après chaque récréation, vers le réfectoire à midi et, en fin de journée, vers les dortoirs.
Chaque classe avait son emplacement particulier marqué d’un petit carré peint en blanc et portant, inscrits en rouge, la lettre et le chiffre la désignant.
Au son de la sirène annonçant la fin de la récréation, le chef de classe, chargé pour une semaine de la tenue du registre d’appel et du journal des matières[8] venait se placer en tête de file, les deux documents officiels bien en mains, accompagné de son suppléant. Le reste de la classe venait se mettre bruyamment en place derrière, sous le contrôle visuel de surveillants de service.
Mais ce brouhaha ne durait que quelques secondes : De l’un des deux bouts du hall, parfois des deux à la fois, sortaient des responsables de l’administration et, les yeux fermés certains d’entre nous étaient capables de deviner, selon la vitesse d’extinction des chuchotements et la qualité du silence qui s’abattait, quel était celui qui, d’un signe discret de la tête, allait permettre aux surveillants, d’enclencher la marche des élèves…
Lorsque, plusieurs fois par semaine, apparaissait Monsieur El Féni ou Monsieur Chlioui, tous, nous nous figions immobiles et droits, comme des soldats au garde-à-vous, dans un silence absolu, tous, élèves enthousiastes mais disciplinés, surveillants attentifs et ouvriers écrasés par cette manifestation solennelle de respect.
Durant ma vie, j’ai connu divers rassemblements solennels, en présence de hauts responsables, de ministres et de présidents de la république. Mais, même Bourguiba, qui terrorisait certains de ses ministres, surtout vers la fin de son règne, même lui, n’obtenait cette profondeur de silence, qu’à l’occasion des cérémonies commémoratives de deuil, le motif essentiel du silence étant alors le respect manifesté à la mémoire de martyrs et de héros.
Notre propre silence était lui, mixé d’amour, quasi filial, et de profond respect envers ces hommes de cœur qui, nous en étions pleinement conscients, s’efforçaient de faire de nous, des hommes valeureux.
Pour l’écrasante majorité d’entre nous, ils y sont pleinement parvenus, qu’ils en soient ici modestement, mais solennellement, remerciés et que Dieu leur accorde Miséricorde et Paix !
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Joyeuses ripailles et jeune patriotisme.
Vous l’avez compris les ripailles s’organisaient aux réfectoires où nous nous déchaînions scandant des chants, parfois patriotiques, plus souvent populaires et très occasionnellement orduriers à l’intention d’un surveillant coupable à nos yeux d’excès de zèle dans cet espace, par définition, convivial et joyeux.
Nous nous installions par table de huit, table à composition prédéterminée par l’administration en début d’année, avec la quasi-obligation pour chacun, de rester à la même place, pendant toute l’année.
Cette obligation était peu observée, dès le second trimestre, les surveillants laissaient faire, et n’intervenaient qu’à l’occasion de rares litiges. Chaque table avait son chef, plus ou moins autoproclamé parmi les plus gourmands, et qui s’essayait parfois, à abuser de sa qualité, pour s’octroyer les meilleurs morceaux de viande et les meilleures parts de dessert. Il se faisait assez rapidement rabrouer par les autres et une certaine démocratie conviviale finissait par s’installer pour la gestion de chaque table.
Certains élèves se chargeaient de temps à autre de suppléer les ouvriers de service, en distribuant eux-mêmes les plats communs habituellement portés à chaque table, sur des chariots roulants.
Je ne sais plus pour quelle raison, on nous faisait interdiction de consommer de l’harissa ; mais, chaque nabeulien, sans exception, en avait sa réserve personnelle et nous en assaisonnions copieusement les plats qui, à défaut, nous paraissaient insipides et immangeables. Au fil des semaines, les autres élèves, étant intéressés par notre condiment rouge, nous étions courtisés et invités à nous installer parmi eux…
Déjà en 1954, mais davantage en 55, des chants patriotiques et des discours enflammés fusaient qui nous occupaient pendant quelques minutes avant les repas : et c’est à l’intérieur de ces réfectoires que fut organisée notre participation à l’accueil triomphal réservé le 1er juin 1955 par la population à celui, qui, déjà combattant suprême s’autoproclamera peu après, seul et unique libérateur du pays (combattant solitaire), pour encore plus tard, non satisfait d’avoir exercé un pouvoir absolu quasi-royal, durant près de 16 ans, n’hésita pas à franchir le Rubicon et à se faire proclamer président à vie [9], donnant, par là même, libre cours à la surmultiplication des nombreux abus de sa cour….
Je ne me souviens plus exactement comment, ni précisément avec qui, j’avais fait le déplacement de Khaznadar à Tunis en ce 1er juin 55; je me revois simplement coincé par la foule contre un pilier des arcades du Magasin Général, juché, pour mieux voir, sur une caisse de cireur abandonnée. Après plus d’une heure d’attente, le futur nouveau maître du pays apparut, caracolant sur un cheval apeuré par le fleuve humain hurlant qui le charriait littéralement, en même temps que son cavalier raide comme la justice, sur son dos luisant de sueur.
En réaction aux hurlements hystériques de la foule, et ayant perçu l’éclair bleu acier des yeux, ainsi que le masque de froide détermination du cavalier, j’eus le sourd pressentiment que j’avais en face de moi, un autre candidat pour le rôle nietzschéen du surhomme, antinomique, par essence, de la masse qui le portait comme un troupeau de bipèdes.
J’étais inexplicablement mal à l’aise au milieu de cet enthousiasme débridé, et quelque chose, en mon moi profond, me disait que cet homme allait, peut-être, faire beaucoup de bien, mais qu’il allait, sûrement, faire davantage de mal.
Malgré la chaleur de ce mois de juin, j’en eus froid dans le dos, je pressentais que, mu par la volonté de puissance qu’il dégageait et, trop sûr de pouvoir réaliser pleinement l’idéal d’indépendance, de créativité et d’originalité, nécessaire à ce concept de surhomme, Bourguiba, tout comme Jules César et Napoléon Bonaparte,[10] ne manquera pas d’oublier, au fil des années de pouvoir, que la créativité et l’originalité (composantes sine qua non de ce concept), sont synonymes, non pas seulement de pouvoir sur les autres, mais également et surtout, de pouvoir sur soi et de capacité à se remettre en question…
Mais, j’étais alors loin de me douter que je ne tarderai pas à ressentir, dans le vif de ma chair, les effets prémisses[11] du vrai bourguibisme, s’abreuvant à la source de la dictature dans laquelle versera Jules César et à celle du despotisme de Napoléon, et que, ce sera-là le début du long et chaotique parcours, du Combattant, d’abord suprême, ensuite, de plus en plus, solitaire !
Six mois plus tard, mon père, certain d’avoir servi son pays en vrai patriote, s’attendait à être promu. Il avait été avisé que le décret beylical le confirmant dans les fonctions de Gayed, qu’il exerçait par intérim depuis un moment, était sur le point d’être publié.
Mais Bourguiba ne l’entendit pas de cette oreille, il décida que les responsables régionaux exerçant au sein de l’administration du royaume, étaient tous des traîtres, et il en radia un certain nombre de la fonction publique, en mettant à la retraite d’office, un autre contingent, dont mon père fit partie.
Et les protestations des responsables locaux du destour, qui connaissaient le patriotisme de mon père, n’y firent rien.
Cette mise à la retraite de mon père, qui n’avait alors que 45 ans, équivalait en fait à une mise au chômage jusqu’à l’âge de 60 ans, puisqu’il ne pouvait toucher aucun millime jusque là, sur sa maigre pension !!!
Mahmoud Messaadi[12] devait déclarer, quelques temps après à mon père, qu’il s’était lui-même efforcé d’éclairer Bourguiba et son entourage sur le courage et le patriotisme de mon père qui brava la mort pour défendre les manifestants à plusieurs reprises, mais que, personne n’avait voulu l’entendre. Bourguiba lui aurait même déclaré, rouge de colère, « je les connais, je les ai vus à l’œuvre à Mistir, et ailleurs, ce sont tous des vendus et des traîtres…»
Je reviendrai plus bas, plus longuement, sur cette mise en disponibilité injuste, mais pour l’heure, venons en au dernier chapitre de Khaznadar et parlons de ses dortoirs.
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Enurésie.
Lorsqu’en octobre 1952, le contingent nabeulien des admis à Khaznadar prit pied à son internat, la séparation brutale avec les parents et le manque flagrant de maturation affective, conjuguée, pour certains, avec une trop grande laxité musculaire, générèrent un bon nombre de troubles mineurs du comportement dans nos rangs ; certains parmi nous, se mirent inexplicablement à bégayer par intermittence, d’autres se consolèrent en s’empiffrant, au réfectoire et ailleurs, comme de véritables boulimiques et d’autres encore, peut-être plus nombreux, se surprirent à faire pipi au lit. Ce fut mon cas.
Contrôlant mal mes sphincters depuis ma prime enfance, il m’était arrivé, en rentrant alors d’école, à l’âge de six ou sept ans, de ne pas pouvoir me retenir, et de faire mes besoins dans ma culotte, alors que je n’étais plus qu’à quelques mètres de chez moi.
J’avais été également énurétique, faisant pipi au lit par intermittence et parfois plus régulièrement, entre quatre et neuf ans, mais encouragé par ma mère et réveillé la nuit, plusieurs fois, par Kmar qui me portait le pot au lit, j’avais cessé de faire pipi au lit, dès l’âge de dix ans et je croyais en avoir fini, avec cet handicap.
A peine une semaine après mon débarquement à Khaznadar, je me remis à faire abondamment pipi au lit, au point où je devais m’astreindre à me réveiller avant mes camarades, pour éponger l’urine qui avait traversé draps et matelas et qui formait, chaque matin, une large flaque odorante, sous mon lit.
Au fil des jours et des semaines, je remarquais, que je n’étais pas seul, à éponger discrètement le pipi et que, plusieurs camarades, dont trois autres nabeuliens, exécutaient le même nettoyage matinal.
Quelques temps après, je constatai que mon matelas et mon drap inférieur, que je m’étais accoutumé à retrouver largement humides au coucher, étaient quasiment secs et, parfois même, je trouvais un drap propre qui ne m’appartenait pas, dans mon lit, lit qui était fait de meilleure façon que je ne l’avais quitté, avant de descendre, au réfectoire, de bon matin.
Heureux, mais intrigué par ce petit miracle, je décidai un jour d’en avoir le cœur net et de découvrir qui me venait ainsi au secours, en me rendant ce précieux service.
Après le petit déjeuner et, avant d’aller à l’étude matinale pour une demi-heure, je m’éclipsai et remontai à pas de loup au dortoir où je surpris un ouvrier en blouse grise, en train de défaire ma literie.
Il sursauta à mon bonjour interrogateur et, me reconnaissant, il me sourit d’un air gêné et m’expliqua, que papa lui avait fait recommander de me rendre ce service pour m’éviter, de tomber malade à dormir sur un matelas mouillé ou encore, de me faire renvoyer de l’internat, si mon énurésie venait à être découverte.
Les dortoirs de Khaznadar étaient vastes et bien ensoleillés et leurs fenêtres, ouvrant au sud-est, avaient des rebords assez larges sur lesquels mon bienfaiteur avait pris l’habitude d’exposer à sécher mes draps et matelas, dès que nous descendions prendre le petit déjeuner ; et il revenait refaire mon lit, juste avant de rentrer, à la fin de son service, vers 16 heures…
Tout confus de lui être redevable, je ne sus pas le remercier convenablement et je me sauvai sans demander mon reste. Fort heureusement pour moi, un autre miracle survint :
Une semaine après, subitement, je ne faisais plus pipi au lit.
Etait-ce la honte de me sentir assisté et dépendant d’autrui ? Etait-ce la crainte, quelque peu tardive, du renvoi et du scandale qui n’aurait pas manqué de causer du chagrin à mes parents ?
C’était probablement l’effet thérapeutique de ces deux sentiments, à la fois, qui eut raison de mon énurésie juvénile !
J’ai aujourd’hui plus 65 ans, je ne suis pas incontinent et Dieu fasse que, jamais, je ne le devienne!
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Lectures clandestines...
Toutes les sixièmes étaient rassemblées dans un même dortoir et il en allait de même pour les dortoirs des autres classes, chacun étant réservé à un niveau particulier. Outre nos lits simples,[13] nous avions chacun une petite table de nuit à notre gauche et un court, mais assez vaste, placard servant à ranger nos effets d’usage courant, tels que cape de bains, serviettes, pyjamas, savon, brosse à dents et autres, provisions de bouche et biscuits…
Nous avions par ailleurs, chacun, un grand casier métallique dans lequel nous enfermions nos costumes, chaussures et couvertures en laine ; le gros du linge de rechange, tels que tricots, chemises, chaussettes, draps et autres, était entreposé dans la lingerie qui en assurait le lavage et le repassage. Ces casiers étaient logés à une extrémité du dortoir où était aménagé un espace vestiaire comportant un renfoncement où nous entassions nos valises vides, dûment étiquetées ; à cet endroit, il y avait également une deuxième marquée « accès de secours» que nous ne devions emprunter, qu’en cas de danger.
En accédant au dortoir par l’accès principal, ouvrant à deux battants, l’on trouvait, légèrement en retrait, trois marches qui conduisaient à la loge de surveillance, surélevée et cloisonnée d’une large baie vitrée entrecoupée d’une fenêtre sans volets. Cette loge surplombait l’espace réservé à nos lits, formant ainsi une espèce de promontoire, à partir duquel, le surveillant de service pouvait contrôler notre vie nocturne...
Outre un lit, deux tables de nuit, une table de travail munie d’une lampe et deux placards de rangement, cette loge comportait un tableau de bois avec une dizaine d’interrupteurs que le surveillant actionnait pour allumer et éteindre les éclairages des divers espaces quadrillés du dortoir et des couloirs et vestiaires attenants.
Il nous accordait une dizaine de minutes pour mettre nos pyjamas, aller faire pipi dans les toilettes du couloir et nous brosser les dents avant de nous crier à travers sa petite fenêtre intérieure : « extinction des lumières dans une minute ! »
Durant la première année d’internat, étant obligé de me lever à l’aube pour effacer toute trace de pipi et ayant eu une journée harassante chargée de plusieurs minis matchs de basket, j’étais tellement fatigué à l’extinction des lumières que je sombrais tout de suite dans un sommeil profond.
Mais les années d’après, je pris l’habitude de me munir, comme certains de mes camarades, d’une lampe de poche que j’allumais alors, sous les couvertures ramenées au-dessus de ma tête, pour éclairer les pages d’un roman ou d’une pièce de théâtre, que je dévorais, à une vitesse incroyable.
J’étais devenu tellement bon en vocabulaire et en grammaire, que la phrase commencée, je savais, 9 fois sur dix, quels étaient les termes et les tournures qu’allait employer l’auteur du roman et c’est tout juste, si je prenais quelques secondes pour boucler la phrase et passer à la suivante. Pour les pièces classiques et les traités didactiques ou philosophiques, je prenais mon temps pour déguster et m’imprégner pleinement.
J’étais ainsi tellement vorace en matière de lectures nocturnes, et de surcroît mal éclairées, que je parvins, au bout de trois ans, à multiplier par deux le degré de ma myopie, ne m’endormant qu’après une heure et demie de lecture clandestine, ayant été, parfois obligé entre-temps, de changer la pile de ma lampe, devenue vacillante en cours de lecture…
Inutile de préciser que je n’étais pas seul à avoir cette activité nocturne que notre surveillant faisait, parfois, semblant de n’avoir pas remarquée, pensant, à juste titre pour certains, qu’il s’agissait de révision de cours importants. D’autres occupations, moins innocentes, pouvaient aussi quelques fois, prendre place.
Mais leurs entrepreneurs se gardaient bien d’utiliser alors, toute source de lumière pour y vaquer…
…Ronflements fictifs et vraies déviations.
Un soir, l’un de nos surveillants, faisait comme d’habitude sa tournée de contrôle, en déambulant à pas feutrés, au milieu du large couloir séparant nos deux longues rangées de lits. Il fut intrigué par des ronflements particulièrement appuyés et il s’approcha du lit d’où ils provenaient. Il avait probablement voulu rectifier la position de la tête du ronfleur, pour libérer sa respiration et, à tout le moins, mettre une sourdine à ses ronflements, mais en soulevant la couverture censée recouvrir la tête du ronfleur, il eut la surprise de découvrir, non pas une seule tête, mais deux !
Les deux zigotos, s’étant aperçus de la descente du surveillant de sa loge, à une heure où, parait-il, il avait l’habitude de dormir profondément, avaient cru bon de simuler de ronfler pour lui faire croire que l’occupant du lit était dans les bras de Morphée.
Mal leur en a pris et, à vouloir se croire trop malins, ce fut dans les bras l’un de l’autre, qu’il les surprit.
C’était durant la classe de cinquième, ils avaient autour de 13/14 ans et aucun des deux, ne pouvait prétendre avoir trop peur pour dormir seul.
Cela se passait au mois de mai ou juin et ils ne pouvaient, non plus s’aventurer à déclarer, qu’ils avaient froid et vouloir se réchauffer mutuellement, en toute innocence…
Je ne sais plus vraiment comment cette histoire sordide s’acheva, mais cela importe peu, parlons plutôt d’autre chose.
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Douches défectueuses et bain maure.
Il était prévu par le règlement intérieur de l’internat que, chaque matin au réveil, nous devions passer à l’espace de lavabos collectifs où nous avions à nous frotter énergiquement le cou et le front, les bras et les aisselles, les genoux et les pieds, à l’eau froide et au savon de Marseille, sous l’œil vigilant du surveillant de service, qui passait plutôt son temps à nous houspiller pour aller plus vite, se souciant peu, de l’effet réel de nos ablutions.
Le règlement faisait également obligation à l’administration de nous faire bénéficier chacun, d’une douche chaude de 7 à 10 minutes par semaine pour nous permettre de nous laver plus sérieusement le corps, et éviter de nous laver les cheveux à l’eau froide, ce qui nous était interdit par ledit règlement, pour notre bien, (ce bon règlement voulant nous éviter l’angine à répétition, qui était l’une de mes affections préférées à cet âge.)
Las, trois fois hélas, au bout de deux ans, les douches flambant neuves sous lesquelles nous nous glissions avec délices dans notre fameux local lavabos, rendirent l’âme ; et leur système de chauffage résista, jusqu’à la mort, (c’est le cas de le dire), à toute velléité de réparation.
Aussi, l’administration prît-elle la décision de nous faire royalement bénéficier, d’une séance de bain maure, une fois tous les quinze jours, voire une fois par mois.
Cela se passait de nuit, après les cours et l’étude, qui elle, se prolongeait au-delà de 19 heures et, c’est en rangs serrés et en chahutant que, par groupe de trois ou quatre classes à la fois nous nous rendions à un bain maure sis au Denden et appartenant à l’oncle de mon camarade nabeulien, Féhri El Kouche, dont la famille possédait un autre hammam à Nabeul.
Cette séance de bain maure, à laquelle les surveillants ne prenaient généralement pas une part active, hésitant à exposer leur anatomie à nos regards inquisiteurs et se contentant de nous attendre dans le café voisin, se transformait souvent en bataille de seaux d’eau, chaude ou glacée, selon le degré de méchanceté ou d’inconscience des belligérants.
Mais, c’était toujours l’occasion de chants entonnés à tue-tête et de plaisanteries friponnes consistant, le plus souvent, à se mettre à deux ou trois pour confisquer la fouta[14] de l’un ou l’autre de nos camarades, et à l’obliger ainsi, à chercher désespérément à cacher sa nudité, le plus souvent en plongeant dans l’un des bassins d’eau, brûlante ou glacée, ce qui, dans les deux cas, était très peu réjouissant !
Nous prenions quand même le temps de nous décrasser en profondeur et c’est, tout propres, éreintés et affamés que nous retournions au lycée, silencieux, en avalant un maigre sandwich que l’on nous avait préparé, pour la circonstance, nous ayant privé au préalable du dîner, pour nous éviter d’éventuelles indigestions, et échouant lamentablement à nous rassasier par la suite, tout en se donnant bonne conscience, par la distribution des ces malheureux casse-croûtes.
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Amourette malheureuse et renvoi de l'internat.
Ces séances de hammam se pérennisèrent, le projet de réparation des douches ayant été définitivement abandonné et la dernière fois que j’en bénéficiai, précéda mon renvoi de l’internat d’une quinzaine de jours.
J’étais alors en seconde, j’étais capitaine de l’équipe cadette de basket scolaire et je jouais par dérogation spéciale, en régime double surclassé, en équipe civile senior à la Zitouna, ma mésentente avec mon professeur et entraîneur, ayant été « oubliée.»
J’avais alors quelques fans qui venaient me voir jouer et applaudir mes prouesses.
Je m’aperçus vite que parmi ces admirateurs, une jeune fille d’une vingtaine d’années semblait me coller aux basques, venant assister à tous mes matchs, applaudissant mes paniers réussis et cherchant visiblement à attirer mon attention. Elle finit par m’aborder un jour à la fin d’un match scolaire au parc des sports, accompagnée de l’un de mes copains, externe, habitant au Bardo.
Elle se hâta ainsi de m’apprendre en vrac, qu’elle se prénommait Jélila, qu’elle parlait mal l’arabe étant de mère française depuis longtemps divorcée, qu’elle avait 21 ans, qu’elle tenait un salon de coiffure au Bardo dans la rue même où habitait le copain qui me l’avait présentée et que, surtout, elle était mon admiratrice, fervente.
J’avais bien entendu compris que notre rencontre n’avait rein de fortuit, m’étant aperçu depuis longtemps de son manège, mais j’étais assez flatté de constater que j’intéressais une jolie fille, plus âgée que moi, de quelques années !
De fil en aiguille, la rencontre préméditée, se transforma en amourette, puis en liaison, elle, sachant exactement ce qu’elle voulait et, moi, peu enthousiaste, mais néanmoins consentant à me laisser initier aux joies et aux plaisirs de l’amour charnel pour lequel j’étais pour ainsi dire vierge d’expérience, n’ayant eu jusque-là que quelques furtives étreintes de bonnes de ma famille élargie ou quelques baisers volés à de vierges mi-effarouchées, mi-consentantes, mais toujours prudes, ce qui était de bonne guerre, s’agissant de filles de bonnes familles.
Jélila était très jolie, mais par trop entreprenante, voire envahissante, elle avait des allures à la Brigitte Bardo. Et au bout d’un certain temps, ne se satisfaisant plus de nos rencontres hebdomadaires du samedi ou du dimanche, le mois de ramadan venu, elle s’enhardit à venir me rendre une visite inopinée au lycée, juste après la rupture du jeûne, ayant appris que nous disposions, en ce moment de début de soirée, d’une heure pleine de récréation, avant que nous ne rejoignions la permanence, pour la séance d’étude du soir.
Elle m’avait apporté des zlébias[15] que j’aimais bien, et m’avait fait appeler par mon copain externe, qu’elle avait convaincu sans trop de peine à l’accompagner jusqu’au lycée.
En allant à sa rencontre, je m’aperçus, en m’en approchant de près, qu’elle s’était déguisée en jeune homme, enserrant ses cheveux dans un bonnet de laine et portant jeans et pull ample, ce qui lui donnait des allures de cow-boy ; l’obscurité aidant, personne ne pouvait deviner qu’il s’agissait d’une fille.
Je l’entraînai néanmoins vers le terrain de basket, assez éloigné du hall éclairé et où était rassemblée la majorité des élèves ; j’étais crispé par la crainte qu’un surveillant ou l’un des gardiens de nuit, ne reconnaisse en elle la femelle possessive, d’autant plus qu’elle faisait montre de velléité amoureuse ; je la freinai, lui montrant clairement que j’étais plutôt dérangé par sa visite, mais au moment de nous quitter, qu’elle retarda jusqu’à la deuxième sonnerie, je ne pus la convaincre de partir, qu’avec mon consentement forcé, à ce que nous nous nous rencontrions le surlendemain, même endroit, même heure!
C’est ainsi que, ses visites nocturnes se répétant, et mes craintes et ma prudence fondant, à la chaleur de ses caresses et sollicitations, un gardien, nous ayant déjà repérés depuis une semaine et s’étant fait accompagner par un surveillant, pour le constat de ce qu’il avait pris pour une relation homosexuelle, les deux compères d’un soir, nous surprirent en pleins préliminaires avancés, à l’intérieur du vestige d’un cabanon situé à la toute extrémité de la barrière du lycée, presque en dehors, de la limite de leur juridiction scolaire.
En nous éclairant de leurs lampes de poche, les deux bonshommes eurent la surprise de reconnaître une fille en mon partenaire ; ils avaient préalablement convenu de ce qu’ils allaient empoigner chacun son homo par le col, et de nous traîner jusqu’à l’administration. Mais décontenancés par cette présence féminine à laquelle ils étaient loin de s’attendre (Khaznadar étant alors exclusivement masculin), ils eurent un bref instant d’hésitation sur l’attitude qu’il convenait de tenir, en nous fixant tout pantois, d’un air dubitatif.
Cette hésitation si brève fût-elle, suffit au sportif d’élite que j’étais alors et à ma leste compagne, pour piquer un sprint, traverser d’un bond la voie ferrée des tramways, rejoindre la route menant vers le Bardo et continuer à cavaler, avec à nos trousses, un surveillant et un gardien, aux réflexes trop lents et au souffle trop court... Nous eûmes vite fait de les distancer, irrémédiablement.
Bien entendu, ils m’avaient identifié. Bien entendu, je fus traduit sous quinzaine en conseil de discipline. Bien entendu, je maintins, dur comme fer, au cours de ma comparution, que ma compagne et moi étions en dehors de l’espace propre du lycée et que, si j’étais coupable de quelque chose, aux yeux des membres du conseil, c’était juste d’avoir quitté cet espace, de quelques mètres, sans autorisation. Et bien entendu, je fus renvoyé de l’internat par un Conseil qui ne parvint, bien entendu, jamais, à me faire déclarer l’identité de ma partenaire…
Mais, entre Jélila et moi, quelque chose s’était cassée.
Je reportai, injustement, sur elle et sur elle seule, la responsabilité de ce renvoi d’un établissement que j’avais appris à aimer ; et dans lequel, je vivais des succès notoires, tant scolaires, que sportifs.
En ramassant, armes et bagages, pour rentrer à Nabeul pour les vacances de fin de trimestre et sachant pertinemment que je n’allais plus revenir à Khaznadar, je me surpris à pleurer à chaudes larmes.
J’avais alors dix sept ans, non révolus, et je suis convaincu que ce serait en réminiscence inconsciente et comme en écho de cet instant précis, qu’au fil du périple de mon existence, chaque fois que j’eus à devoir quitter un endroit de vie (ou à devoir boucler une étape attachante), j’allais me mettre à ressentir, le même regret anticipé et la même impression de paradis perdu, qui feraient alors que, seul ou en présence de proches, quelques fois surpris, les mêmes larmes nostalgiques de douleur exquise[16] et silencieuse, allaient se mettre à couler de mes yeux, à chaque escale, un peu plus, fatigués…
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[1] Petits hôtels populaires, voire miséreux, dans lesquels se réfugiaient les petites gens de l’intérieur lors de leur montée à Tunis pour y passer quelques jours et dans lesquels divers élèves et étudiants de la Zitouna, originaires de l’intérieur du pays, étaient contraints d’habiter, pour le loyer bon marché de leurs chambres, par ailleurs souvent partagées.
[2] Pour des raisons insoutenables, quoique diversement expliquées.
[3] Ce passage a été rédigé en 2005.
[4] Allez !
[5] En énumérer la liste entière, aurait été fastidieux pour moi et peut-être ennuyeux pour certains des lecteurs qui ne les connaissent pas forcément. Que ceux que j’ai oubliés ou omis de citer me le pardonnent…Ainsi que leurs éventuels proches ou descendants qui d’aventure auraient accès à ces bribes rétrospectives !
[6] Mon bien aimé coéquipier, fabuleux joueur de basket qui alignait les paniers avec une régularité et une adresse époustouflante, au sein des équipes tant scolaires que civiles, auxquelles ensemble nous avons appartenus. Il fût à ma connaissance le premier à décéder parmi nous, en 2004. Il nous laisse orphelins de son amitié, pour avoir attrapé une saloperie de microbe inconnu au sein du laboratoire de biochimie qu’il dirigeait à la faculté des sciences de Tunis, en sa qualité de professeur chercheur émérite ; Allah Yarhmek ya Mohamed !
[7] Les « espaces toilettes » des deux cycles avaient été conçus éloignés l’un de l’autre pour tenter d’éviter une contagion trop rapide des élèves plus jeunes, de ce qui devenait, déjà alors, à la fois, la mode et le mode d’affirmation, pour les plus blasés : Fumer, cigarette sur cigarette. Cette précaution, éminemment pédagogique dans l’intention des concepteurs, ne servit pas à grande chose dans les faits, ces deux espaces se transformant inexorablement, l’un et l’autre, en fumoirs clandestins, les plus timorés des jeunes initiés, s’enfermant à l’intérieur des cabines et s’asseyant sur les cuvettes, pour mieux masquer leur infraction suffocante.
[8] Journal sur lequel chaque professeur devait porter le jour et l’heure, ainsi qu’un court résumé, de son cours.
[9] En 1971.
[10] Auxquels, il ne manquera d’ailleurs pas de se comparer quelques fois, se déclarant être, d’autres fois, un Jugurtha qui a réussi (à l’inverse, de ce célèbre roi de Namibie qui, vaincu par le Romains, mourut en prison…)
[11] En paraphrasant Aristote et ses prémisses, on pourrait dire : 1-Tous les révolutionnaires sont portés, par leur certitude d’être seuls dans le vrai, à se transformer en dictateurs et en tyrans, pour le bien de la société qu’ils entendent transformer. 2-Bourguiba qui, comme Jules César, Napoléon, et autres Robespierre et Saint-Just, a été à ses débuts, comme les autres (révolutionnaire par circonstances), finira, inexorablement, par devenir dictateur et tyran, tout en restant certain de son bon droit et de son amour incommensurable pour le peuple qu’il entend émanciper, fusse par la force.
[12] Alors professeur d’arabe dont le père avait été plusieurs fois humilié par les colons de Tazarka avait été défendu et protégé par Si Hmeïda, mon père qui avait, par deux fois, empêché son emprisonnement injuste. Mahmoud Messaadi avait par ailleurs été témoin du comportement exemplaire de Si Hmeïda vis-à-vis des soldats et du contrôleur civil français, lors des événements de Tazarka, son village natal.
[13] Les dortoirs étaient suffisamment vastes pour que ce ne soient pas les lits superposés, que j’ai rencontrés plus tard dans les auberges de jeunesse et dans d’autres internats…
[14] Serviette que l’on enroule autour des reins et du haut des cuisses à l’intérieur du bain.
[15] Gâteaux au miel traditionnels, vendus, notamment durant le mois de ramadan par les marchands de beignets qui les confectionnent en faisant couler, à travers un petit trou aménagé au centre d’une boite, une pâte au miel à laquelle ils impriment des circonvolutions plus ou moins croisées, ce qui donne au gâteau une forme rappelant celle d’une petite passoire… Ces gâteaux étaient tellement appréciés par les Beys de Tunis, que certains d’entre eux (Moncef et Lamine Bey notamment) en faisaient acheter chaque année des dizaines de kilos, chez feu Gueddour Ennajar, un maître pâtissier de Nabeul réputé, comme ses ancêtres, pour l’excellence de sa pâte et la beauté artistique de son produit…
[16] Je dois rappeler ici à la génération montante qui ne maîtrise plus vraiment la langue française que la douleur exquise est celle que l’on ressent, parfois chez le dentiste qui, vous triturant les gencives sans violence ne vous fait que très légèrement mal, mal auquel on prendrait presque plaisir ; c’est à peu près la même douleur agréable que vous inflige un partenaire vous aidant à augmenter l’amplitude de vos bras en les tirant lentement mais continuellement vers l’arrière, tout en calant votre dos de sa jambe pour vous empêcher de compenser vote étirement musculaire…