Incursions dans une vie antérieure avec retours sarcastiques sur des errements sociopolitiques plus actuels,
Parenthèse historique judéo-musulmane.
Plusieurs centaines de familles, tant musulmanes que juives, habitant actuellement plusieurs villes tunisiennes, telles que Tunis, Sousse, Djerba, La Goulette, Nabeul, Testour et d’autres encore, sont constituées par les descendants des mauresques chassées d’Espagne.
Le califat de Cordoue, fondé en 756, a connu quelque temps après son apogée, et l’Andalousie devint pour longtemps le centre des civilisations sarrasine et mauresque ; Grenade, Cordoue, Séville et Jaén sont alors les foyers étincelants de la culture islamique ; mais au début du 11es, le royaume cordouan se divise en plusieurs principautés mauresques, indépendantes et ne vivant pas toujours en harmonie, la décadence guette…
Et les Espagnols reprennent successivement Cordoue (1236), Jaén (1246), Séville (1248) et Cadix (1250.)
#Grenade résistera encore pendant deux siècles et connaîtra une civilisation à nulle autre pareille au cœur de l’Europe du Moyen-âge. Mais sa reprise par Ferdinand II d’Aragon et la très catholique Isabelle de Castille en 1492, sonne le glas pour les anciens conquérants musulmans qui, malmenés par l’inquisition, émigrent en masse vers l’Afrique du Nord, accompagnés dans leur exode par les juifs, ces compagnons de leur fortune, comme de leur infortune, tout le long de ces siècles de grandeur et décadence.
Ces émigrants, dont la dernière vague fut chassée définitivement d’Andalousie en 1610, s’installent dans les régions fertiles de la Tunisie, entre autre au Cap bon.
Partout où ils s’installèrent, durant cet exode qui s’est poursuivi pendant des siècles, les morisques ont tout naturellement implanté leur culture globale, c’est à dire leur mode de vie et leurs savoirs faire, agricole, artisanal et artistique, ainsi que le savoir être de leur organisation sociale si particulière, qui, déjà en Andalousie, intégrait, sans problème majeur, des familles juives dans les quartiers musulmans et vice-versa...
C’est ce mode de cohabitation qui a été prédominant dès le retour des morisques en terre d’islam et même si certaines villes comme Tunis et Djerba adoptèrent pour un temps, le système de la Hara, celle-ci n’avait rien à voir avec les ghettos européens, parce que n’ayant jamais été étanche.
La majorité des autres villes tunisiennes a privilégié l’organisation urbaine de la mixité, ce qui fut notamment le cas pour Nabeul où plusieurs quartiers ont longtemps abrité les maisons appartenant aux juifs, entremêlées avec celles appartenant aux musulmans. Il n’était d’ailleurs pas rare d’avoir des familles musulmanes et juives se partager les chambres d’une maison commune où leurs enfants grandissaient sans problèmes particuliers, se divertissant par les mêmes jeux et ayant les mêmes disputes que tous les autres enfants.
Il ressort d’ailleurs, d’une enquête sociologique, que j’ai eu à mener en l’an 2000 pour les besoins d’un court métrage sur les poupées de sucre de Nabeul, poupées dont l’une des origines était supposée être hébraïque, que les rares familles juives habitant encore Nabeul, tout en infirmant l’origine juive de ces poupées insistent longuement sur l’excellence de la cohabitation des familles juives et musulmanes d’antan.
Tous nos enquêtés ont ainsi déclaré que les familles musulmanes et juives des années 40 à 60/70 ont toujours vécu en bonne intelligence à Nabeul ; elles se rendaient de fréquentes visites, s’invitaient mutuellement à leurs mariages réciproques et partageaient leurs joies et leurs peines, en toutes occasions.
Il ressort également de cette enquête que la communauté juive d’origine nabeulienne, installée massivement en France notamment à Paris et dans la Région Nice Côte d’azur, continuait à venir régulièrement passer des vacances à Nabeul, alors que les membres de leur communauté y habitant encore (et qui y sont de moins en moins nombreux) les approvisionnent régulièrement en Harissa locale et en fruits de saisons du Cap bon à l’occasion de visites qu’ils leur rendent en France.
La cohabitation particulièrement conviviale des musulmans et des juifs de Nabeul se poursuivit ainsi pendant très longtemps presque sans anicroche… En 1917 consécutivement à la déclaration Balfour il y eut une légère fissure dans cette organisation sociale. la création de l’Etat d’Israël en 1947 puis le premier affrontement armé entre Arabes et Israéliens en 1947/48, y provoquèrent un premier séisme.
Mon épouse, qui lit par-dessus mon épaule le récit de ce moment de mon histoire personnelle qui se déroulait quelques années avant sa naissance, ainsi que le bref rappel de l’historique des relations des juifs et des musulmans de Nabeul, me souffle qu’entre 1960 et 68, ses meilleures copines étaient juives, que filles et garçons juifs de cette époque apprenaient sur les mêmes bancs que leurs camarades musulmans la langue arabe et qu’ils l’écrivaient aussi bien (ou aussi mal) que ces derniers.
Elle me confirme, pour avoir vécu les faits de près, qu’une sourde animosité entre musulmans et juifs avait commencé à se développer en 1967 consécutivement à la guerre des six jours au moyen de laquelle les Israéliens avaient occupé le Sinaï, la Cisjordanie, le Golan et la partie arabe de Jérusalem.
Une animosité encore plus franche, opposa, pendant des mois, les deux congrégations en 1973, à l’occasion de l’attaque surprise des forces égyptiennes et syriennes durant la guerre du Kippour qui obligea Israël à se retirer du Golan.
Je soulignerai enfin que lors de mon enquête des années 2000, j’ai pu, à nouveau, observer combien, il était difficile de distinguer les juifs des musulmans, tant le mode de vie et l’expression en arabe tunisien des premiers (y compris l’accent nabeulien) étaient similaires à ceux des seconds.
Ce qui permet de constater que les secousses, qui continuent à mettre à mal les rapports de ces deux communautés nabeuliennes de temps à autre et au gré des fluctuations de la politique d’Israël envers les Palestiniens, n’ont pas encore provoqué de véritable fracture…
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Quartier réservé à l’habitat juif.
Homme politique anglais, Premier-ministre puis Ministre des Affaires Etrangères, principal artisan de cette déclaration du 2 novembre 1917 qui engageait l’Angleterre « à favoriser l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif ! »
Je dis bien musulmans et non tunisiens, car les juifs aussi étaient tous tunisiens ; ceux qui sont restés à Nabeul ont gardé la nationalité tunisienne, ceux partis en France ont la double nationalité, ils n’ont pas renoncé, pour ce qui concerne leur grande majorité en tout cas, à leur nationalité tunisienne.