Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Incursions dans une vie antérieure avec retours sarcastiques sur des errements sociopolitiques plus actuels,

Publicité

02 Réminiscences...

Bribes et réminiscences éparses de Nabeul :                                                    

  Fadhila.

 

Jamais personne n’a remplacé Kmar ma nounou dans mon cœur, mais Fadhila vint la remplacer auprès de Maman à Bab-Salah pour l’aider à tenir la maison.

 

Papa avait encouragé Maman à adopter Kmar, la petite négresse aux pieds nus de Tozeur.

 

Une fois que celle-ci eut été contrainte de nous quitter pour rejoindre son mari à Tunis dans les circonstances sus décrites, c’est encore Papa qui fut à l’origine du recrutement de Fadhila :

 

Peu après le départ de Kmar, mon père fit la connaissance d’un résistant d’El Ouerdanine (Sahel) qui avait été interdit de séjour, et déporté à Nabeul, par les autorités coloniales.

 

El Ouerdani ( c’est ainsi que je le nommerai ici) étant tombé amoureux fou d’une nabeulienne aux yeux bleus et au corps voluptueux, ne tarda pas à l’épouser ; il eut vite fait par la suite de l’engrosser plusieurs fois, lui faisant mettre au monde chaque fois, une fille. Mais en cette année 52, le couple n’avait pas encore d’enfant.

 

El Ouerdani, qui subsistait déjà chichement des maigres subsides que lui servait le Destour avant son mariage, commençait à tirer le diable par la queue une fois mariée à Fadhila, une superbe nabeulienne, issue elle-même d’une famille très pauvre et dont le père était mort, accidentellement enseveli sous les éboulis d’une grotte de Ghar Ettfal où, charretier de son état, il était aller creuser l’argile pour en ramener une charge commandée par un artisan potier de la ville.

 

Le déporté sahélien, marié et père de famille s’étant assagi, n’avait plus aucun contact avec ses anciens camarades de combat, il n’avait plus, non plus, aucune envie réelle de conduire un quelconque combat politique, il continuait néanmoins à devoir se présenter, tous les jours, au poste de police pour émarger le registre des déportés, les autorités françaises l’empêchant en plus d’avoir une activité rémunérée !! 

 

Papa, promu, depuis peu, au grade de Kahia et gouvernant de fait la région, et plus particulièrement la ville chef-lieu dont il était originaire, connaissait tout le monde, destouriens, pseudo destouriens, indicateurs et autres, il était respecté par les premiers pour son patriotisme bien connu d’eux et craint par les autres.

 

Par ailleurs, Abdesslem Dimassi, le chef  du bureau local du destour était son beau-frère, mari de ma tante Rekaya ; c’est dans ce contexte, que celui-ci encouragea El Ouerdani à confier ses difficultés pécuniaires à Papa et à lui conter ses misères.

 

Toujours la main sur le cœur, Papa lui proposa de prendre Fadhila au service de la famille et l’affaire fut conclue, à la grande satisfaction de l’ancien résistant ; Fadhila devant toucher une paie hebdomadaire confortable, tous les vendredis.

 

Lorsque la plantureuse Fadhila commença à venir passer chez nous la majeure partie de ses journées, j’étais âgé de douze ans et le gros dadais endormi que j’avais été pendant une très longue période de ma petite et de ma seconde enfance, se transformait petit à petit, en jeune homme éveillé, grand, bien proportionné et aux réflexes devenus étonnants de rapidité par une pratique sportive régulière et par l’exercice presque quotidien de quelques minutes aux haltères (dont mon frère Bédye faisait un usage beaucoup plus intensif.)

 

J’amorçais néanmoins mon adolescence et, mon visage jusque-là si fin, commençait à devenir quelque peu difforme, se criblant progressivement, mais inexorablement, d’horribles boutons d’acné.  Et les pulsions sexuelles du jeune pubère que j’étais devenu, exacerbées par les courbes affolantes de sensualité de Fadhila, m’ont alors mené au bord de ce  que le gamin de 12 ans que j'étais assimilait ingénument à la tentative de viol (sic)! 

 

Il m’est arrivé alors, surtout en été, que nous passions comme d’habitude à la maison de la plage,  de profiter du moment où toute ma famille prenait le bain, pour me glisser derrière Fadhila, occupée à repasser quelques effets ou à mettre la table, pour la saisir à la taille et me frotter vicieusement contre sa croupe, essayant même, parfois, de lui soulever sa robe.

 

Fadhila réagissait alors avec une pondération incroyable, elle me saisissait posément aux poignets et, plus vigoureuse que moi, elle se dégageait sans peine et sans violence, en me traitant, pour me vexer, de chiot en chaleur et en menaçant de dénoncer mes agissements à Lella Mongia, ce qui achevait de me calmer pour la journée.

 

Mais ses allures sexy, ses charmes naturels de jeune femme épanouie à souhait, faisaient que je saisissais vite la première occasion pour revenir me frotter à elle, tentant à nouveau, mais toujours vainement, ma chance…

 

J’ai revu Fadhila quelques quatorze années plus tard, accompagnée de sa sœur cadette Souad.

 

Ce fut à l’occasion du décès de Papa.

 

Depuis les premières années de l’indépendance, elle s’était installée à El Ouerdanine où son mari, grassement récompensé par le Destour, était devenu un riche propriétaire terrien et lui avait fait construire une superbe villa ; ayant gardé quelques restes de sa beauté, sa peau m’avait alors parue bizarrement plus fripée que ne pouvait l’expliquer son âge et je me suis demandé si le confort certain dans lequel elle vivait dorénavant, ne l’avait pas minée de l’intérieur…

 

Trois fois plus riche que ma mère, (devenue alors simple veuve d’un fonctionnaire n’ayant même pas atteint l’âge de la retraite pour bénéficier d’une pension complète), Fadhila nous était restée profondément fidèle et, aussitôt informée du décès de mon père par sa famille habitant toujours Nabeul, elle s’était fait un devoir de venir, au plus vite, nous présenter ses condoléances.

 

Se montrant particulièrement respectueuse à l’égard de Maman, elle continuait de l’appeler Lella Mongia au vu et au su de tout le monde, sans aucune gêne apparente…

 

Papa est décédé dans des circonstances, sur lesquelles je reviendrai plus bas, (si Dieu Veut), à l’âge de 56 ans. J’avais alors presque 26 ans et j’étais devenu ce que l’on pouvait appeler, sans aucune fausse modestie, un très bel homme aux traits fins et réguliers, de surcroît, sportif de haut niveau.

 

Mais en reconduisant Fadhila et Souad sa sœur, vers la belle voiture toute neuve au volant de laquelle les attendait un chauffeur en costume, je les ai embrassées, la première comme on embrasse une tante, la seconde comme une amie de longue date.

 

Personne n’aurait pu imaginer alors,  qu’il y a quelques années, la cambrure des reins de l’une m’avait affolé et les yeux de l’autre m’avaient subjugué et hypnotisé…

 

Ma première rencontre avec Fadhila se passant en 1952, revenons-y un instant pour parler de sa sœur Souad et de ses yeux, de Sellem le fou,  à moins qu’il ne l’ait jamais été ! Et du commandant de l’armée française, qui a été à deux doigts de faire tirer sur mon père à la mitraillette, sous mes yeux effarés. (A suivre si vous le voulez bien)

***

1-Carrière d’argile située à  quelques trois kilomètres de Nabeul qui, durant les années 50/60 voyait une file interminable de charrettes y venir  et en repartir à longueur de journée. Généralement, les charretiers  mineurs s’y prenaient, par équipe de deux, pour creuser une multitude de grottes plus ou moins profondes et aller chercher l’argile molle, non encore durcie au contact de l’air. Cette extraction forcenée en devenait excessivement dangereuse, les grottes finissant par transformer les zones de la carrière, l’une après l’autre, en véritable gruyère ; et souvent, l’un ou l’autre des mineurs décédait étouffé sous les éboulis d’argile qu’il avait provoqués… 


2-Les différents Caïds se dépêchant de se mettre en congé de maladie en confiant précipitamment l’intérim à mon père, chaque fois que surgissaient des problèmes de manifestations mettant en confrontation directe la police, la gendarmerie ou l’armée françaises avec la population locale, …


3-Lella est un terme voulant dire maîtresse ou patronne quand il est utilisé par une femme de ménage ou par la nounou d’une famille bourgeoise. Dans la bouche d’un jeune membre de la famille s’adressant à son aînée, il  exprime simplement un sentiment de respect et d’égards. Le terme sidi véhicule exactement les mêmes choses dans les mêmes circonstances différenciées, s'adressant non plus à une femme mais à un homme.


4-Petite ville du Sahel tunisien qui, au moment de la lutte pour l’indépendance, à l’instar de plusieurs autres villes et villages du pays, regorgeait de résistants en armes. El Ouerdanine a donné entre autres, le fameux Sassi Lassoued qui, s’attendant à être nommé Gouverneur à l’indépendance, rétorquait à Bourguiba qui lui expliquait en louvoyant diplomatiquement que, ne sachant ni lire ni écrire, il ne pouvait assumer cette responsabilité : « Tu n’as qu’à m’affecter un secrétaire particulier qui le sache !!! Ce qui ne manquait ni de bon sens ni d’à-propos ; en effet plusieurs promus responsables en ces premières années d’indépendance, savaient à peine lire… Alors finalement, pourquoi pas Sassi Lassoued, qui lui, s’est réellement  mis en danger de mort, en guerroyant contre l’armée française, ce qui était loin d’être le cas pour un foule de pseudo résistants qui se sont arrangés pour se faire reconnaître comme blessés de la résistance, ou comme ayant  fait de la prison pour des actes de résistance, alors que, souvent les blessures et les séjours en prison étaient fictifs ou consécutifs à des délits de droit commun !

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article